Article paru dans notre lettre d'information du 6 juin 2019

Réalité virtuelle : EDF met ses outils à disposition du Musée de Cluny

Les Thermes de Cluny sont l’un des plus vieux monuments de Paris, pourtant le musée qui y est installé utilise les technologies les plus modernes de simulation pour faciliter son accès aux personnes handicapées, grâce à un mécénat de compétences scientifiques avec la Fondation d’entreprise EDF.

Construits à la fin du 1er siècle de notre ère, les Thermes de Cluny, aujourd’hui englobés dans le musée éponyme, sont les vestiges d’immenses thermes romains, qui s’étendaient sur une bonne partie du Quartier Latin. Ils subiront les affres de multiples conflits et invasions avant d’être achetés en 1340 par Pierre de Châtelus, abbé de Cluny. Les abbés de Cluny construiront leur hôtel contre les thermes, qui leur serviront de dépendances.

Il faudra attendre 1810 pour que la Ville de Paris décide de créer un musée des antiquités dans le frigidarium et abatte les constructions insalubres qui avaient envahi les lieux. En 1843, ils sont regroupés avec l’Hôtel de Cluny pour former ce qui deviendra le Musée national du Moyen-âge.

Une grande rénovation en a été lancée en 2011 via un concours d’architectes remporté en 2016 par Bernard Desmoulin. L’objectif était de doter le musée de l’ensemble des équipements nécessaires à un musée moderne, afin d’améliorer l'accueil et l'accessibilité du public, et de proposer un nouveau parcours muséographique.

Une première phase s’est achevée mi-2018 avec l’inauguration d’une extension de 400 m² abritant l’accueil-billetterie, une librairie-boutique, ainsi que des espaces pédagogiques et une salle polyvalente pour les expositions temporaires. La muséographie du musée va maintenant être entièrement repensée pour proposer un parcours de visite chronologique et thématique plus cohérent dès le printemps 2021.

Améliorer l’accessibilité

« Nous avons la volonté, dans le cadre du plan de modernisation ‘Cluny 4’, d’être exemplaires en matière d’accessibilité à tous, même si la tâche est extrêmement ardue compte tenu de notre site lui-même et de la nature de nos collections », explique Béatrice de Chancel-Bardelot, conservatrice générale du Musée.

Il faut dire que le Musée de Cluny présente en effet une configuration très particulière : c’est une addition d’édifices de multiples périodes (antiquité, médiévale, 19e siècle). Avec 28 ruptures de niveaux, dont de nombreux escaliers, le musée était jusqu’à présent un vrai parcours d’obstacles pour les personnes à mobilité réduite.

Le projet en chiffres

Le soutien de la Fondation Groupe EDF comprend deux volets :

  • La prise en charge des scans pour réaliser la numéristion des espaces du musée : environ 54K€.
  • Le temps chercher : 20 jours.

C’est pourquoi les architectes, conservateurs et scénographes ont décidé d’intégrer l’accessibilité dès les phases préparatoires des travaux de rénovation. Ils ont pour cela fait appel à un mécénat de compétences de la Fondation Groupe EDF. « Grâce au Groupe EDF et à sa Fondation, nous avons eu accès à des compétences et des outils précieux, que nous n’aurions jamais pu financer seuls », constate Béatrice de Chancel-Bardelot. Il s’agissait d’adapter au besoin spécifique du musée une technologie développée par la R&D d’EDF pour simuler les déplacements dans ses centrales nucléaires.

Des centrales nucléaires au Musée

« La R&D d’EDF a imaginé un outil de simulation en réalité virtuelle pour faciliter les déplacements des opérateurs dans les bâtiments réacteurs, qui sont des environnements à fortes contraintes. Ensuite, c’est lors d’échanges presque informels que l’idée est venue de mettre cet outil au service du handicap pour imaginer les déplacements en fauteuil roulant, dans une ville, dans un quartier, dans des immeubles », explique Alain Schmid, ingénieur-chercheur en réalité virtuelle et visualisation scientifique à la R&D d’EDF. C’est cette technologie, baptisée Virtual Fauteuil, qui a été utilisée par les architectes en charge de la rénovation du Musée de Cluny.

Le simulateur Virtual Fauteuil permet à une personne à mobilité réduite de se déplacer virtuellement dans le Musée de Cluny pour en valider l’accessibilité.
(cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Mais pour créer une application de réalité virtuelle adaptée aux besoins du Musée de Cluny, encore fallait-il disposer d’une numérisation des espaces du Musée avant les travaux. La modélisation a nécessité des relevés photographiques et télémétriques, qui ont été pris en charge par la Fondation Groupe EDF dans le cadre de la convention de mécénat. Dans un premier temps, seul le rez-de-chaussée a été modélisé, mais finalement en 2018 la modélisation, avec la société Emissive, a concerné tous les espaces du musée accessibles en visite libre.

Un simulateur physique

Afin de rendre l’expérience de réalité virtuelle plus immersive, les ingénieurs ont créé avec le Centre de Ressources et d’Innovation Mobilité Handicap (CEREMH), un véritable simulateur physique. Il s’agit d’une plate-forme carrée dont les 4 coins sont équipés de vérins pneumatiques. Deux bancs à rouleaux sont placés à l’arrière de la plate-forme. Ils reçoivent les deux roues d’un vrai fauteuil roulant, qui est sanglé sur la plate-forme.

La mise en rotation des roues du fauteuil permet de simuler son déplacement en avant ou en arrière dans la maquette numérique. En appliquant des efforts différenciés, on peut faire tourner le fauteuil. Le logiciel de réalité virtuelle gère les interférences du fauteuil avec l’environnement et permet ainsi de valider l’accessibilité des passages et ascenseurs. De même, les vérins permettent de simuler les pentes et les dévers, tout en agissant sur les rouleaux des bancs. Il faut ainsi tirer plus fort sur les roues pour monter une pente. Le rendu des déplacements peut se faire soit via un casque de réalité virtuelle, soit sur un grand écran placé devant le simulateur, si l’on veut que plusieurs personnes participent à l’essai.

Ce simulateur a ainsi permis aux architectes de concevoir les accès en prenant en compte les normes d’accessibilité en vigueur, puis de les valider avant de lancer les travaux qu’ils envisageaient. Les personnes à mobilité réduite pourront ainsi circuler de façon autonome et fluide dans le musée. Et là où passe le fauteuil roulant, passent aussi un parent avec sa poussette et ses enfants, ou encore une personne âgée avec sa canne.

« Il est souvent difficile de convaincre les architectes et les collectivités de la pertinence des aménagements. Le Musée de Cluny est un très bon exemple de ce qui peut être fait. Il s’agit d’une configuration si complexe qu’à première vue l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite y était impossible, mais grâce à l’adaptation de notre technologie et au soutien d’une équipe motivée, le projet a pu être mené à bien », conclut Alain Schmid.

Et les idées pour de nouvelles utilisations ne manquent pas. Une seconde étape est ainsi envisagée. Dans la mesure où tous les déplacements peuvent être simulés, on pourrait par exemple imaginer un visiteur debout et optimiser, via le simulateur, les choix en matière de signalétique et de placement des œuvres dans les salles.

Ingénieur de formation (ENIM) et journaliste professionnel depuis 1981, Jean-François Prevéraud a participé à de nombreux journaux et lettres d'information (Bureau d'Etudes, CFAO Synthèse, SIT, Industrie & Technologies, Usine Nouvelle...) comme journaliste, rédacteur en chef adjoint ou rédacteur en chef.

En retraite depuis février 2017, Jean-François veut que celle-ci soit active. C’est pour cette raison qu’il reste informé de ce qui bouge dans le PLM dans son sens le plus large (CFAO, Simulation Numérique, Impression 3D, Usine du futur, Réalité virtuelle et augmentée…). Il contribue désormais à notre lettre d’information pour commenter l’actualité que nous publions ou celle qu’il a pu glaner dans les évènements qu’il continue à suivre.

Vous pouvez accéder ci-dessous à ses derniers articles.