Article paru dans notre lettre d'information du 12 mars 2020

Le songe numérique d’une nuit d’hiver

Un petit ilot de douceur au milieu d’un océan d’inquiétude cette semaine avec un concert privé du violoniste Renaud Capuçon, sponsorisé par Dassault Systèmes. Le virtuose a utilisé ce soir là un violon électrique imprimé en 3D au milieu d’un orchestre symphonique sous un immense dôme transparent animé par des images numériques. Un spectacle féérique.

Mettre Dassault Systèmes en pleine lumière

« Dassault Systèmes est au cœur de votre vie quotidienne à travers tous les objets que vous utilisez, mais de manière invisible car ce sont nos technologies qui ont servies à les concevoir et les fabriquer. Nous avons décidé de devenir plus visible avec des actions telle cette soirée Virtual Harmony », explique Victoire de Margerie, la directrice de la communication. Pour se mettre en lumière, Dassault Systèmes a souhaité mettre en place 10 réponses à 10 questions, qui sont les 10 défis de l’humanité. C’est la campagne The Only Progress Is Human. « Le premier défis étant celui de l’émotion, car c’est ce qui dirige les hommes et les pousse à aller plus loin. C’est ce que vous venez de voir ce soir. Les neuf autres défis auront lieu dans d’autres pays, car c’est une campagne internationale ». Pour en savoir plus : https://progress-is-human.3ds.com/fr/emotion

 

Le message de Dassault Systèmes était intriguant, le rendez-vous était fixé à 19h30 au Jardin des Plantes de Paris pour : « vivre une expérience artistique musicale et visuelle inédite où la musique prendra vie en arts génératifs dans un univers virtuel interactif, au sein duquel le violoniste virtuose Renaud Capuçon jouera avec le 3Dvarius, le premier violon électrique imprimé en 3D ».

L’instant promettait d’être féérique, et il l’a été !

Le 3Dvarius, premier violon électrique imprimé en 3D dans une résine transparente.
Doc : 3Dvarius
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C’est sous les bourrasques d’une nième tempête traversant la région parisienne, avec cette fois des orages de grêles, que j’entre dans l’immense parc jouxtant le Muséum national d'histoire naturelle. L’atmosphère est lugubre, le jardin est plongé dans le noir, les allées sont désertes, il fait froid et la tempête s’époumone. Je me dirige vers une immense bulle de lumière qui trône dans le jardin sous les fenêtres de la Grande galerie de l’évolution et je me mets, transi, à l’abri dans les gradins couverts qui lui font face.

Que la magie numérique opère !

Sous l’immense dôme transparent s’abrite l’orchestre symphonique Les Siècles dirigé par Pierre Bleuse, aux côtés duquel se trouve le violoniste virtuose Renaud Capuçon. Place à Virtual Harmony.

Dès les premières notes, le dôme s’anime avec des images numériques venant des 6 tours cernant le dôme, qui sont bardées de vidéoprojecteurs. Au centre du dôme, le soliste saisit le 3Dvarius et se lance dans une interprétation magistrale du Printemps des Quatre Saisons de Vivaldi. Les morceaux connus s’enchainent, les images défilent au rythme de la musique, Renaud Capuçon joue indifféremment du 3Dvarius ou de son habituel Guarnerius de 1737. Le temps et le froid sont oubliés. L’instant est magique. L’heure passe comme un souffle, c’est déjà la pause. Je vais pouvoir rencontrer l’artiste et découvrir le 3Dvarius.

Renaud Capuçon et Laurent Bernadac échangent autour du 3Dvarius, premier violon électrique imprimé en 3D.
Doc : JF Prevéraud
(cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le virtuel pour amplifier l’émotion

Victoire de Margerie, la directrice de la communication de Dassault Systèmes, qui organise l’événement, explique l’initiative The Only Progress Is Human, à travers laquelle l’éditeur souhaite favoriser la création de solutions capables de répondre aux grands enjeux de la planète. (Voir notre encadré) « Nous voulions montrer avec cette soirée que nous pouvions générer de l’émotion grâce au mélange réel et virtuel, en liant à la fois la musique, les images projetées sur le dôme et l’utilisation d’un violon électrique, conçu avec nos technologies et imprimé en 3D. »

Renaud Capuçon a ensuite donné son avis sur l’expérience novatrice qu’il venait de vivre pour la première fois. « C’est une aventure passionnante pour moi car je n’ai pas l’habitude de jouer sous une bulle constellée d’images projetées et je n’avais jamais joué auparavant sur un violon imprimé en 3D. »

Trois siècles d’écart mais une même émotion

« Quand on m’a parlé du 3Dvarius, j’ai d’abord été un peu surpris car on a du mal, en le voyant, à imaginer que l’on puisse en jouer de la même façon qu’un violon traditionnel. Mais j’ai vite été impressionné dès que j’ai commencé à jouer. C’est pas facile, car ce ne sont pas les mêmes repères que mon habituel Guarnerius de 1737, mais j’aime cette idée de grand écart, qui consiste à jouer dans le même concert avec deux violons qui ont été conçu à trois siècles d’intervalle. Je suis bluffé par ce violon et la technologie de Dassault Systèmes qui ouvre un champ des possibles incroyable. »

Mais un tel instrument n’est-il pas déroutant pour un concertiste ? « Tout changement de violon modifie les sensations, mais ici la grosse différence c’est que le son ne sort pas du violon mais des enceintes, tout comme pour une guitare électrique, avec un très léger décalage. Ce à quoi on n’est pas habitué en musique classique. Mais on s’habitue très vite ! Et si ce violon n’a pas une âme physique comme un violon traditionnel, c’est au violoniste de la créer par son jeu et par les réglages apportés à l’électronique ».

De l’idée d’un musicien à la production en série

Laurent Bernadac, violoniste professionnel, jazz et rock, et ingénieur de formation, nous a ensuite expliqué pourquoi et comment il avait imaginé dès 2012 cet instrument atypique. « J’avais envie d’un violon électrique au design particulier, tant dans la forme que dans le matériau utilisé. Je voulais un instrument transparent, pour qu’il prenne bien la lumière et soit vu. Ce qui induisait des contraintes particulières en termes de résistance et de sonorité. En effet, le fait que le violon soit en une pièce a un réel intérêt pour la sonorité, car il ne perd ainsi aucun des harmoniques et évite les réverbérations entre les tables haute et basse d’une caisse de violon traditionnelle en bois. Le son est ainsi beaucoup plus pur ».

Ce violon électrique n’émet pas de sons comme un violon traditionnel, mais dès que l’on commence à jouer les capteurs piézoélectriques placés sous chacune des cordes transforment les vibrations des cordes et celles transmises par le corps du violon en signaux électriques, qui sont traités pour créer un son diffusé en temps quasi-réel dans des enceintes situées autour de l’orchestre.

Un travail d’ingénieur virtuose

« J’ai utilisé les logiciels de Dassault Systèmes, Catia V5 et Simulia notamment, que j’avais pratiqué durant ma formation d’ingénieur, pour définir et calculer les formes très complexes de cet instrument. Un premier prototype vit le jour début 2013, entièrement réalisé sur-mesure par un luthier en polycarbonate transparent. Mais ce violon était trop lourd et du coup difficilement jouable. J’ai alors poursuivit le développement en améliorant son design, réduisant les masses, peaufinant la conduction des ondes acoustiques, épurant les formes pour atteindre mes attentes de musicien. »

Début 2015, sur les conseils d’une amie, Géraldine Puel, qui apporte son talent au projet, Laurent termina son second prototype, réalisé cette fois en une seule pièce grâce à l’impression 3D dans l’atelier d’un sous-traitant de Haute-Garonne.

En juin 2016, et après une campagne de crowdfunding réussie sur Kickstarter, les dernières études et recherches ont été réalisées afin de finaliser le prototype. Quelques mois plus tard, le 3Dvarius devenait une réalité ! Et Laurent Bernadac créait la société 3Dvarius à Toulouse.

« Une vingtaine d’exemplaires de ce modèle très haut de gamme ont déjà été fabriqués, mais nous avons aussi développé d’autres modèles moins chers mixant le bois et l’impression 3D, Line et Equinox. Des artistes reconnus, comme Catherine Lara, utilisent notre 3Dvarius, mais la plupart de nos clients se trouvent aux USA et en Asie. Là bas les violons électriques sont considérés comme de vrais instruments, alors qu’en Europe ils sont plutôt vus comme des instruments de seconde zone. Mais, heureusement, des virtuoses comme Renaud Capuçon n’ont pas ces préjugés ! ».

Mais chut, le concert reprend et la magie se poursuit.

Jean-François Prevéraud

Pour en savoir plus : https://www.3d-varius.com/fr/

Ingénieur de formation (ENIM) et journaliste professionnel depuis 1981, Jean-François Prevéraud a participé à de nombreux journaux et lettres d'information (Bureau d'Etudes, CFAO Synthèse, SIT, Industrie & Technologies, Usine Nouvelle...) comme journaliste, rédacteur en chef adjoint ou rédacteur en chef.

En retraite depuis février 2017, Jean-François veut que celle-ci soit active. C’est pour cette raison qu’il reste informé de ce qui bouge dans le PLM dans son sens le plus large (CFAO, Simulation Numérique, Impression 3D, Usine du futur, Réalité virtuelle et augmentée…). Il contribue désormais à notre lettre d’information pour commenter l’actualité que nous publions ou celle qu’il a pu glaner dans les évènements qu’il continue à suivre.

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