Article paru dans notre lettre d'information du 26 mars 2020

Teratec : au cœur de l’Europe du calcul haute performance

J’ai profité da la récente Assemblée Générale de Teratec pour faire le point avec son président, Daniel Verwaerde, sur le calcul haute performance en France, ainsi que sur les actions que mène cette association, tant au niveau français qu’européen, pour en anticiper les développements futurs et faciliter la diffusion de la simulation numérique, notamment auprès des PME.

Daniel Verwaerde, le président de Teratec lors de l’Assemblée générale de l’association. 
Doc : Jean-François Prevéraud
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« Comme le disait si justement Philippe Varin, le Président de France Industrie, lors de notre Forum Teratec 2019, il n’y a pas de pays fort sans économie forte, il n’y a pas d’économie forte sans industrie forte et il n’y a pas d’industrie forte sans numérique », rappelle Daniel Verwaerde, le Président de Teratec. « C’est pourquoi il est important de développer la maitrise et l’usage du calcul haute performance (HPC) et de la simulation numérique dans l’industrie et notamment dans les PME. C’est notre rôle », explique-t-il.

Dernière minute : Teratec se mobilise face au Covid-19

Afin de faire face à la pandémie du Covid-19, la Commission européenne a lancé dans l’urgence un appel d’offre pour mettre le HPC et la Simulation numérique au service des chercheurs. L’ARN du virus a dore et déjà été décodé. Il s’agit maintenant de tester sur lui les 500 000 milliards de molécules chimiques que les chercheurs ont à leur disposition, pour trouver la combinaison capable d’annihiler ce virus. Un travail colossal qui ne pourra être mené à bien rapidement sans le HPC et la Simulation numérique, et auquel Teratec va bien entendu participer.

Cette association est née il y a une quinzaine d’année de la volonté du CEA/DAM et de quelques grands industriels de fédérer autour d’eux les communautés industrielle, scientifique et académique, afin d’aider l’économie française à progresser plus vite dans la maitrise et l’utilisation de ces technologies pour améliorer sa compétitivité.

C’est par exemple ce que Teratec a fait, en partenariat avec Genci, dans le cadre du programme national d’accompagnement des TPE, PME et ETI à l’usage de la simulation numérique, SiMSEO, qui s’est terminé à l’automne 2019. Celui-ci, grâce à 57 ateliers de sensibilisation menés dans toute la France, a permis de sensibiliser 730 PME françaises de l’industrie manufacturière et du BTP, à l’usage de la simulation numérique et d’en aider 360 à investir dans des logiciels spécialisés et à se former.

Moteur dans l’Europe du HPC

Ce n’est qu’un exemple parmi les multiples projets et initiatives, tant français qu’européens, dans lesquels Teratec est impliqué. Ainsi Teratec a largement participé en 2019 au lancement et au développement de l’initiative EuroHPC, visant à doter rapidement l’Europe de moyens de calcul pétaflopiques et exaflopiques, destinés à la fois à la recherche et à l’industrie, avec toute la Supply Chain associée. Un projet qui mobilisera un budget de plus de 6 milliards d’Euros d’ici 2027 et qui permettra à terme à l’Europe de disposer d’au moins 1 ou 2 machines classées dans les 5 plus gros ordinateurs du monde. « Teratec, avec ses membres, participe maintenant largement à la gouvernance d’EuroHPC au sein de ses deux Advisory Groups, l’un pour la technologie, la recherche et l’innovation, l’autre pour les usages. Nous sommes aussi largement impliqués au niveau français dans le Groupe Miroir, une organisation chargée de préparer la position nationale vis-à-vis de la gouvernance d’EuroHPC », explique Daniel Verwaerde.

Teratec maitre d’œuvre du centre de compétences HPC français

Mais, outre les investissements, il s’agit aussi de promouvoir l’usage du HPC et de la simulation numérique au sein de toute l’industrie européenne et notamment des PME. C’est pourquoi la Commission européenne a demandé à chacun des états membres d’EuroHPC de créer un Centre de compétences national, qui sera son unique interlocuteur, pour à la fois exprimer les besoins des utilisateurs vis-à-vis de ces nouvelles technologies et les accompagner dans leur mise en œuvre.

« Nous nous sommes donc vu confier par les Pouvoirs publics français la préparation du Centre de compétences HPC français. Chef de file de cette opération, nous nous sommes associé au Cerfacs et à Genci pour présenter une candidature, qui a été acceptée par la Commission. Nous travaillons maintenant sur la concrétisation de ce centre de compétences. »

Parallèlement, Teratec est aussi engagé dans trois projets européens : les Centres d’excellence (CoE) POP (Analyse et optimisation des performances des codes pour les calculs parallèles) et Excellerat (Adaptation des codes de calcul de l’ingénierie à l’exascale) ; ainsi que FocusCoE (Coordination et animation des CoE HPC européens).

« Au-delà de sa participation à des projets de recherche financés par l’Europe ou la France, ce qui constitue le cœur du travail associatif de Teratec ce sont ses initiatives industrielles, c’est-à-dire la constitution de Groupes de Travail que l’on a créés sur des thèmes dont nous pensons que de nombreux développements sont possibles et que nos membres tireront bénéfice de ce travail collaboratif », estime Daniel Verwaerde.

Ainsi Teratec a travaillé en 2019 sur trois initiatives importantes : le Calcul quantique ; les Systèmes autonomes ; la Fabrication additive. Trois autres sujets sont à l’étude et pourraient déboucher en 2020 : l’Exploitation des Données spatiales et Ressources naturelles ; le Numérique et l’Agroalimentaire ; la Santé et la Médecine personnalisée.

Une initiative industrielle sur le calcul quantique

L’objectif de la Teratec Quantum Computing Initiative (TQCI), qui regroupe 10 partenaires autour de Teratec, est de créer un écosystème dynamique, fédérant industriels utilisateurs, offreurs de technologie et centres de recherche, pour monter rapidement en compétences et développer les savoir-faire dans le domaine du calcul quantique. « Nous avons décidé de lancer cette initiative car nous notons depuis deux ans une accélération de la recherche et des propositions pour aller vers des calculateurs ou des accélérateurs quantiques. C’est donc le bon moment pour nous préparer à réaliser ces architectures et à apprendre à en tirer parti. Ce qui correspond bien à notre approche de co-design où offreurs de technologie et créateurs d’applications travaillent ensemble en harmonie. »

La feuille de route qui en découle comporte trois grandes phases :

  • travailler sur les environnements de programmation (briques logicielles de base, bibliothèques scientifiques) ;
  • travailler sur les utilisations possibles (optimisation, simulation numérique, traitement de données), pour voir quels sont les algorithmes actuels qui pourraient tirer parti des architectures quantiques et déterminer ceux qu’il faudrait créer pour les utiliser au mieux ;
  • regarder comment de grandes applications pourraient tirer parti des architectures quantiques, en nous focalisant sur le cas de la chimie moléculaire.

« Nous avons participé et apporté notre contribution chaque fois qu’on nous l’a demandé à la démarche mise en place par l’Etat autour du quantique, en collaborant activement aux réflexions de la DGE et la DGRI, ainsi qu’à la mission parlementaire de la députée Paula Forteza ‘‘Quantique : le virage technologique que la France ne ratera pas’’, dont le rapport a été rendu le 9 janvier. Nous avons aussi participé en juin à la conférence internationale Quantum Computing Business organisée par Bpifrance. »

De son côté, Teratec a aussi organisé deux séminaires scientifiques TQCI : l’un en avril sur ‘‘Les technologies - matériel et environnement de programmation - pour le calcul quantique’’ ; l’autre en novembre sur ‘‘Les premiers retours d’expérience des partenaires TQCI’’.

Valider les systèmes autonomes

Autre initiative industrielle importante, celle liée aux Systèmes autonomes. « De la même manière, nous avons réalisé en 2019, avec 7 membres de Teratec, un très gros travail autour des Systèmes autonomes où la simulation numérique a une place essentielle, en élaborant une feuille de route, détaillant le contenu scientifique et technique, ainsi que les moyens à mettre en œuvre. »

« Il nous semble important de créer un centre de ressources partagées pour les travaux de simulation, de validation et de stockage des données associées, car on aura jamais le temps, compatible avec les délais de mise sur le marché, pour pouvoir les tester physiquement dans toutes les situations où il faut les valider. Nous proposons aussi de réaliser un projet de recherche sur le thème de la validation des Systèmes autonomes par simulation. Enfin, nous sommes prêts à répondre à des appels à projets lancés dans les différentes initiatives nationales et européennes. »

Teratec au cœur du calcul européen

On le voit à travers ces quelques exemples, Teratec est au cœur de toutes les initiatives européennes et françaises pour anticiper, démocratiser et faciliter l’usage du calcul haute performance et de la simulation numérique dans l’ensemble de l’industrie et notamment auprès des PME. De part son encrage dans le tissu industriel, elle permet d’exprimer les besoins actuels et futurs des utilisateurs auprès de la Commission européenne et des Pouvoirs publics français. Un rôle indispensable si l’on veut diffuser rapidement ces nouvelles technologies auprès du plus grand nombre d’entreprises pour en améliorer la compétitivité.

Jean-François Prevéraud

Pour en savoir plus : http://www.teratec.eu/

Ingénieur de formation (ENIM) et journaliste professionnel depuis 1981, Jean-François Prevéraud a participé à de nombreux journaux et lettres d'information (Bureau d'Etudes, CFAO Synthèse, SIT, Industrie & Technologies, Usine Nouvelle...) comme journaliste, rédacteur en chef adjoint ou rédacteur en chef.

En retraite depuis février 2017, Jean-François veut que celle-ci soit active. C’est pour cette raison qu’il reste informé de ce qui bouge dans le PLM dans son sens le plus large (CFAO, Simulation Numérique, Impression 3D, Usine du futur, Réalité virtuelle et augmentée…). Il contribue désormais à notre lettre d’information pour commenter l’actualité que nous publions ou celle qu’il a pu glaner dans les évènements qu’il continue à suivre.

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