Cette semaine j’ai visité le salon Laval Virtual, l’occasion de vérifier que réalité virtuelle et augmentée ont fait leur trou dans l’industrie, mais aussi de découvrir quelques applications novatrices et de nouveaux périphériques. Sans oublier bien sûr l’annonce de l’entrée de la réalité virtuelle au Mondial de l’Automobile en octobre à Paris.
Il fallait être très motivé cette année pour aller à la 20e édition de Laval Virtual, car la grève de la SNCF a très fortement nuit à l’accessibilité du salon. Au lieu des 14 trains journaliers desservant la capitale de la Mayenne en 1h10, il n’y avait que 2 bus de substitution faisant le voyage en 4h avec une frustrante pause de 45 minutes à 15 km de l’arrivée et repartant avant l’heure presque à vide pour le retour, laissant une douzaine de journalistes sur le carreau, merci Keolis. Dire que ces deux entreprises étaient Partenaires Gold du salon !
Heureusement la visite des stands est toujours aussi intéressante, permettant d’apprécier les tendances de ce marché et de découvrir quelques nouveautés. Je passerai sur les multiples simulateurs plus ou moins évolués qui permettent de jouer ou de se distraire. Je mentionnerai juste ceux qui pourraient avoir un intérêt pour l’industrie.
Une immersion plus réaliste
Chez XDVR Solutions, une fois équipé d’un harnais bardé de capteurs et de semelles avec des patins en téflon, vous êtes accrochés à une potence au dessus d’une coupelle hémisphérique. Une fois le casque de réalité virtuelle chaussé vous vous retrouvez dans une ville où il vous faut combattre des adversaires en vous déplaçant. La combinaison de la potence, des patins en téflon et de la coupelle fait qu’il vous faut réellement marcher ou courir pour vous déplacer, ce qui est plus réaliste que d’appuyer sur le bouton d’un joystick.
J’ai vécu ma première expérience réellement immersive chez Wild Dolphin Waterproof VR puisque c’est équipé d’une combinaison de plongée et d’un masque de réalité virtuelle avec tuba que je me suis immergé dans une piscine où j’ai pu nager avec des dauphins virtuels. Développée à but thérapeutique, on peut imaginer des applications industrielles pour la formation des personnels de maintenance d’installations sous-marines.
Les étudiants de la National Taiwan University ont quant à eux développé Aera of Elements Plus (AoEs+), un système suspendu au-dessus de la tête de l’opérateur, qui lui fournit des sensations de chaleur (lampe infrarouge), de froid (climatiseur), d’humidité (brumisateur) et de vent (ventilateur). On se retrouve alors immergé dans un environnement beaucoup plus réaliste, même s’il faut encore pour le moment rester dans une zone étroite sous le système.
Le temps de la démocratisation industrielle

VisionLib de Visometry a reçu l’Award de la catégorie Industrial Design & Simulation. Lire en fin d’article
(Cliquez sur l’image pour l’agrandir)
Cela fait longtemps que les éditeurs d’outils 3D à de- voir en fin d’article tination du monde de l’industrie ont compris l’intérêt de la réalité virtuelle et de la réalité augmentée pour mieux concevoir, fabriquer et maintenir des équipements lourds, en immergeant leurs futurs opérateurs ou techniciens de maintenance dans des maquettes numériques. La multitude de démonstrations proposées montre que cette démarche se démocratise de plus en plus.
Dassault Aviation présentait son système de projection d’aide au montage étape par étape de composants dans la carlingue en construction d’un avion. PSA démontrait un système de réalité augmentée basé sur l’usage d’un HoloLens de Microsoft pour guider les opérateurs dans des opérations de contrôle. Démonstration identique chez Immersion autour d’un moteur de Renault Trucks, application que je vous ai déjà présentée en janvier. Chez HoloForge Interactive, branche holographique d’Asobo Studio dédiée aux grandes entreprises, on mettait en avant Holo Fitting, solution holographique d’aide au montage réalisée pour Naval Group. Il s’agit d’assister chaudronniers dans leurs opérations de montage et de maintenance sur le terrain en leur permettant d’afficher les jumeaux numériques des installations dans leurs contextes.
Diota complète sa gamme d’outils d’inspection robotisés basés sur la maquette numérique avec DiotaHoloPack qui comporte un Player pour le casque de réalité augmentée HoloLens permettant d’exploiter des projets PLM créés sous Catia Composer de Dassault Systèmes, Teamcenter de Siemens PLM Software ou le moteur de jeux Unity 3D de Unity Technologies. Cela permet de visualiser le projet et toutes les informations qui sont attachées au 3D pour en vérifier la conformité.
De son côté Optis, récemment passé dans le giron d’ANSYS (à lire ici), présentait un outil, en cours de développement en collaboration avec Elektrobit, pour le test virtuel de systèmes d’affichage tête haute en réalité augmentée appliqués à la conduite automobile. L’objectif étant d’aider les constructeurs et équipementiers automobiles à réduire leurs cycles de développement. (à lire ici)
Les prestataires de services s’y mettent aussi. Ainsi Scalian, nouveau nom d’Eurogiciel, présentait son savoir-faire en réalité augmentée avec une démo d’analyse des paramètres techniques d’un drone. De son côté, Ségula Technologies présentait 4.0 Real, une démonstration de réalité augmentée à base d’HoloLens pour aider un opérateur à monter une boite de vitesses.
Enfin, signalons l’imposante présence du Xi’an Aeronautical Computing Technique Research Institue du constructeur aéronautique chinois Avic qui montrait les simulateurs Enhanced Synthetic Vision Systems (ESVS) et Virtual Reality Evaluation Platform (VREP) qu’il utilise pour la conception de ses appareils, tant civils que militaires.
Des approches novatrices
J’ai toutefois trouvé au fil des stands quelques démonstrations prometteuses. Ainsi chez Clarté, grâce au Brain Controlled Augmented Reality (BCAR) j’ai pu voir à travers les murs par la seule force de ma pensée. Equipé d’un bandeau doté de 4 capteurs en contact avec mon front et d’un HoloLens, j’ai pu voir les canalisations et fils électriques qui se cachaient derrière une cloison. Rien de bien nouveau pour de la réalité augmentée me direz vous ! Eh bien si car la zone rendue transparente dépendait uniquement de ma concentration. On peut ainsi se déplacer rapidement dans une zone et focaliser son attention uniquement sur un point d’intérêt sans avoir à faire de geste. On peut aussi ‘‘cliquer les boutons’’ déclenchant les actions en se concentrant sur eux. Les premières applications réelles sont attendues vers 2021.
Autre projet chez Clarté, Lobby-Bot mené avec le professeur Andreas Kemeny de Renault. Alors que vous êtes assis dans un siège automobile, doté d’un masque de réalité virtuelle et d’un bracelet de positionnement, un bras robotisé place sous votre main des échantillons réels de matières au bon endroit de la maquette numérique. Vous pouvez ainsi évaluer le tissu d’un habillage de portière, le plastique moussé d’une planche de bord, le cuir d’un volant ou le plastique laqué d’une façade de GPS, sans que la moindre maquette physique n’ait été construite. De plus, la boule à facettes dont est équipée le robot permet d’évaluer rapidement plusieurs gradations d’un même matériau.
Certains industriels sont aussi prêts à partager leur expérience de la réalité augmentée ou virtuelle. Ainsi Alfi Technologies, spécialiste des lignes de production et de manutention, qui utilisait en interne la réalité virtuelle pour la conception et l’optimisation de ses lignes, a-t-il décidé de proposer ses services aux industriels pour les aider à concevoir, simuler et optimiser leurs lignes, à émuler les programmes leurs automates programmables réels dans un monde virtuel (virtual commissioning) et à former leurs futurs opérateurs.
Améliorer les postes de travail
Chez Ouest Valorisation, on mettait en avant l’expérience de deux chercheurs, Pierre Plantard et Franck Multon du laboratoire M2S (Mouvement Sport et Santé) de l’Université de Rennes 2, spécialistes de l’optimisation des performances motrices et de l’analyse du mouvement humain des sportifs de haut niveau, pour quantifier le risque de troubles musculo-squelettiques (TMS) dans les process industriels. Dans ce projet baptisé Kimea, mené avec Faurecia, une seule caméra de profondeur filme le poste de travail et l’opérateur qui n’a pas besoin de porter de capteurs. Le système estime la position en 3D des articulations de l’opérateur dans son champ de vison et quantifie automatiquement les risques de TMS pour chacune d’elles en fonction de paramètres standard. Cette analyse, fournie aux ergonomes, leur permet d’optimiser les aménagements du poste de travail pour réduire les TMS.
Une approche similaire est proposée par HRV et sa gamme d’outils NaWo Solution, mais là on se situe soit dans l’observation de l’existant avec NaWo Live, soit dans les phases amont de la conception des postes de travail avec NaWo Studio puisque l’opérateur, équipé de capteurs, est placé dans un monde virtuel.
Mutualiser les experts
On le sait les experts sont rares. Pourquoi ne pas profiter de la réalité virtuelle pour leur donner le pouvoir de se téléporter rapidement sur les lieux où l’on a besoin de leur savoir ? C’est ce que propose Expert Teleportation avec ses kits. En fonction des expertises à mener le kit comprend, outre des lunettes de réalité augmentée équipée d’une micro-caméra, les outils de tests nécessaires, éventuellement en version Atex. Une fois la mallette réceptionnée le technicien de maintenance sur place s’équipe des lunettes et travaille en gardant les mains libres, alors que l’expert à distance le guide en temps réel grâce à la transmission audio/vidéo qui lui permet de voir la situation comme s’il était sur place.
Pour finir
Notons aussi l’ouverture toute récente du LudyLab, un ensemble de 4 500 m² à proximité du Puy-du-Fou (85), qui combine des espaces de découverte de la réalité virtuelle, des drones et un Maker Space (FabLab, Coworking, Coliving).
Plus professionnel, l’IndustriLab – situé à Méaulte (80) – qui se présente comme une plate-forme d’innovation pour l’industrie, mettait en avant sa salle de 105 m² avec un écran de 6×2 m et sa salle immersive équipée d’un cave 4 faces de 9 m² à destination des industriels voulant utiliser ces technologies sans investissements lourds. De son côté, la SATT Ouest Valorisation a réalisé un dossier thématique sur la réalité virtuelle et augmentée pour promouvoir ces technologies.
Preuve qu’il y a une réelle demande des industriels pour percevoir de manière tangible les apports de la réalité virtuelle et augmentée dans leur quotidien.
Jean-François Prevéraud
Découvrez les lauréats des Awards de Laval Virtual 2018 e.:
Parmi ceux-ci, la start-up Visometry, spin-off du Fraunhofer Igd, a reçu l’Award de la catégorie Industrial Design & Simulation pour son logiciel VisionLib – voir notre illustration plus haut – qui recale automatiquement les données CAO dans l’environnement réel pour expliciter facilement des procédures de démontage comme ici sur un train arrière de Porsche
| La Réalité Virtuelle au Mondial de l’Automobile |
| Le Mondial de l’Automobile, qui se tiendra du 4 au 14 octobre à Paris, comportera un événement BtoB dédié aux innovations technologiques pour l’automobile et la mobilité de demain : le Mondial.Tech.
Constructeurs automobiles, équipementiers, géants de la HiTech, start-up mais aussi représentants des pouvoirs publics, du monde de la finance et des médias, y présenteront leur vision de l’avenir du transport et de la mobilité. Outre un colloque (conférences et ateliers thématiques) et un concours de start-up, Laval Virtual s’est vu confier l’animation d’un espace de 750 m² pour présenter les dernières innovations autour de l’automobile en matière de réalité virtuelle et augmentée. |
| Pour en savoir plus : http://mondial.tech |
