La nouvelle est tombée le 19 juin : à son tour Spring Technologies tombait dans l’escarcelle du boulimique Hexagon. Perte d’un fleuron de la FAO française ou opportunité d’expansion au niveau international ? J’ai interviewé quelques jours plus tard Gilles Battier, PDG de Spring Technologies, pour en savoir plus.
Spring Technologies, 35 ans après sa création, vient d’être acquise par le groupe suédois Hexagon. .
J’ai rencontré Gilles Battier, PDG et fondateur de l’entreprise, pour revenir sur l’histoire de Spring et les raisons qui l’on poussé à vendre la société à Hexagon.
« Spring a été créé en 1983 par des transfuges de Computervision pour proposer du service autour de Cadds (formation, développement…). Nous nous sommes vite aperçu que l’atelier était le parent pauvre de la CFAO alors naissante dans notre pays. Notamment pour la simulation anticollision hors-ligne des machines-outils à commande numérique. C’est pourquoi nous sommes devenus éditeur de logiciel avec le lancement de l’ancêtre de NCSimul en 1993 ».
Un succès commercial car cela répondait à une véritable attente – la vérification et l’optimisation des programmes ISO – tout en garantissant l’absence de collisions. Spring décida donc d’étoffer sa gamme d’outils à destination de l’atelier avec la gestion des outils coupants et du couple outil/matière en 2003, puis la flexibilité de l’atelier avec le monitoring et l’optimisation du parc machines en 2013.
Aujourd’hui, Spring est devenu un acteur incontournable de la rationalisation des processus de fabrication avec une suite complète de solutions intégrées, NCSimul Solutions, offrant aux industriels garantie et automatisation pour la simulation et l’anticollision de leur MOCN, le transfert de production d’une machine à l’autre, la réduction des cycles unitaires d’usinage, le suivi d’états machine en temps réel, la gestion de leur bibliothèque d’outils coupants et la publication de contenu technique.
| L’offre NCSimul Solutions
– NCSimul 4CAM : Programmation CN tout-en-un ; |
A tel point qu’il est engagé dans de multiples projets de recherche européen aux côtés des plus grands industriels au sein : du Pôle de Compétitivité Systematic Paris-Région, qui est au cœur d’un écosystème d’excellence dédié au logiciel et au numérique ; du Conseil pour la Recherche Aéronautique Civile (CORAC), qui prépare l’avenir de la filière aéronautique ; ou du Pôle de Compétitivité aérospatial ASTech Paris-Région, qui soutient la R&D et les PME de la filière en Ile-de-France.
Pourquoi Hexagon ?
Une spécialisation qui a permis à Spring de devenir un leader dans son domaine avec un chiffre d’affaires de l’ordre de 10 millions d’Euros dont 30 % à l’exportation, grâce à des filiales en Allemagne, aux USA, en Chine et en Malaisie, avec une équipe d’une centaine de personnes, dont ¼ en R&D. Mais il est clair que si Spring voulait passer à la vitesse supérieure, il fallait que la structure évolue. Plusieurs tentatives de rapprochement avaient d’ailleurs été tentées avec d’autres éditeurs français dans la décennie écoulée, mais sans succès.
« C’était dans notre intention car nous étions bien conscient de nos lacunes au niveau marketing et commercial pour affronter la concurrence internationale, même si nous disposions des meilleurs outils de simulation d’usinage. Par contre, nous ne voulions pas le faire tout de suite car nous avions fortement investi entre 2015 et 2017 pour développer notre nouvelle offre intégrée NCSimul Solutions et nous commencions juste à en enregistrer les premiers bénéfices avec une perspective forte de croissance en 2018 ».
| Hexagon Manufacturing Intelligence
Avec un chiffre d’affaires global de 1,3 milliards d’Euros, cette division est l’un des poids lourds de l’informatique industrielle. Elle a procédé à de nombreuses acquisitions, d’abord en métrologie puis en PLM. – 2018 Spring Technologies, simulation d’usinage |
Pourtant en mars 2017, le groupe suédois Hexagon bien connu dans le monde de la métrologie, mais aussi de l’usinage avec la reprise de Vero Software en juillet 2014 et de la simulation numérique avec l’acquisition de MSC Software en avril 2017, a pris contact avec Gilles Battier.
Norbert Hanke, président de la division Manufacturing Intelligence d’Hexagon a été direct : « Nous souhaitons disposer de notre propre simulation anticollisions ISO. Après évaluation des principales solutions présentes sur le marché (Vericut de CGTech ; Eureka de Roboris ; Virtual Machine de Icam Technologies ; ModuleWorks…), nous pensons que NCSimul Solutions est la plus performante, notamment pour les machines complexes, la plus ergonomique et la plus innovante, avec la plus grande capacité d’évolution dans le contexte de l’usine du futur et de l’industrie 4.0. Nous souhaitons donc acquérir votre société ». Flatté, mais surpris par cette proposition, Gilles Battier a réfléchi et évalué les opportunités qu’elle représentait pour Spring.
Négocier la transition
| Le groupe Hexagon AB
Avec un chiffre d’affaires global de 3,5 milliards d’Euros et 18 000 personnes, le groupe Hexagon AB fondé en 1992 est l’un des poids lourds de l’informatique professionnelle. Il comporte 9 divisions :
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« Nous étions à la croisée des chemins : rester indépendants et compter sur les seuls mérites de notre solution pour progresser, ce qui allait être forcément long et difficile ; entrer dans un grand groupe pour bénéficier de synergies et nous développer rapidement grâce à une force de frappe marketing et commerciale décuplée, présente sur la planète entière. J’ai donc décidé d’entamer les discussions, mais en posant mes conditions car nous étions en position de force ».
Ces conditions étaient de 5 ordres : la vision stratégique ; les clients ; les salariés ; les produits ; la transaction.
« Je me suis vite aperçu dès les premières discussions avec les dirigeants d’Hexagon que nous avions la même vision de l’usine du futur, avec des machines ”intelligentes” » capables de s’auto-évaluer et de s’adapter en permanence aux conditions réelles de travail pour optimiser leur productivité, tout en diminuant leur consommation d’énergie et l’usure des outils, voire d’anticiper leurs casses. De plus, nous serions rattachés en tant que filiale autonome à la division Manufacturing Intelligence d’Hexagon, 1,3 milliard d’Euros, où œuvre déjà Vero Software. Enfin, nous resterions libres de collaborer avec d’autres grands acteurs du PLM : Dassault Systèmes ; Siemens PLM Software ; Missler Software ; ESI Group… ».
Une fois obtenues des garanties sur la préservation des investissements des clients avec la poursuite du développement des produits actuels, la compatibilité des produits futurs, et la possibilité de continuer à utiliser leurs solutions de FAO habituelles quelles qu’elles soient le maintien du réseau de partenaires ainsi que des équipes Spring en place, restait à tomber d’accord sur la transaction.
« Nous étions au sortir d’une période de 3 ans de fort investissement due au développement de NCSimul Solutions, où le chiffre d’affaires avait été quasi stable et les bénéfices faibles. Par contre, cet investissement devait entrainer une forte progression du chiffre d’affaires dès 2018. Nous ne pouvions donc pas négocier le montant de la transaction sur un multiple du bénéfice actuel, mais plutôt sur un multiple du chiffre d’affaires ». Hexagon, conscient des potentialités de la solution et du coup de pouce au chiffre d’affaires que l’intégration allait provoquer, accepta cette base de calcul.
Mieux anticiper l’avenir de l’industrie
« Je voulais aussi accompagner la transition, tout en me libérant des contraintes du quotidien d’un dirigeant de PME. Je vais donc rester PDG de Spring Technologies, au moins jusqu’à fin 2020, en étant épaulé par le groupe pour la gestion financière, le reporting, le commercial, les ressources humaines, l’informatique. Je vais donc ainsi pouvoir me consacrer pleinement à l’orientation de la stratégie de Spring et de ses produits, ainsi qu’au développement des synergies avec les autres entités du groupe Hexagon, tout en étant plus proche des clients », conclu Gilles Battier.
Un accord intelligent pour développer la fabrication intelligente qui sera au cœur de l’Industrie 4.0.
Jean-François Prevéraud
Pour en savoir plus : https://www.ncsimul.com/fr/
