J’ai eu l’occasion lors du Salon du Bourget de rencontrer Rachid Hassaini et Benoit Simonet pour faire le point sur l’offre de Siemens Digital Industries Software. Les maitres-mots en sont continuité numérique, ouverture et intégration de l’existant.
« Nous sommes humbles, nous avons parfaitement compris que nos clients et prospects ont mis en place, depuis quelque fois des décennies, des outils et des procédures qui leur permettent d’assurer le développement et la production des biens qu’ils proposent à leurs clients. Donc loin de remettre en cause tout cela, nous leur proposons d’optimiser leur continuité numérique, leur ‘‘Digital Thread’’, grâce à l’ouverture, l’œcuménisme et la flexibilité de nos solutions. C’est ce que nous leur démontrons dans le cadre de ce centre d’innovation installé au 54e Salon International de l’Aéronautique et de l’Espace », explique Rachid Hassaini, Sales Manager Aerospaces & Defense France chez Siemens Digital Industries Software (DISW).
Pour cela, les équipes de Siemens DISW avaient mis en place une présentation axées bien évidement sur les métiers de l’aéronautique et de la défense. « C’est un sous-ensemble de notre offre Xcelerator permettant d’aborder, avec leur langage, les problématiques métiers de nos visiteurs, autour de trois composantes : Design ; Realize ; Optimize. Ce sont en fait les capabilités, les contributions que l’on peut apporter à chacune des phases du cycle de vie des projets, des programmes, des produits et des process. Il y a le support aux communautés de pratiques de conception sur la phase Design, support à la mise en œuvre du Manufacturing avec Realize, et le suivi des opérations avec Optimize où l’on est en mesure de la performance et en consolidation des retours d’expérience, pour apporter en boucle retour, des demandes d’amélioration, des préconisations de changement aux équipes d’étude, aussi bien sur le produit que sur le process », complète Benoit Simonet, Portfolio Developer Shop Floor Data Management, chez Siemens DISW.
Du ponctuel au End to End
Des visiteurs industriels qui changent de paradigme. Ils ne sont plus à la recherche de solutions ponctuelles pour améliorer un point spécifique de leurs processus, mais de solutions ‘‘End to End’’ capables de remplacer des solutions développées en interne arrivées en bout de course, ou des solutions composées d’une multitudes de logiciels ponctuels provenant d’une kyrielle d’éditeurs, afin de réduire les difficultés d’interfaçage et d’échange de données, pour aboutir à une solution globale beaucoup plus fluide. Et le virage vers l’avion électrique, qui remet en cause beaucoup de choses dans la filière, est une opportunité que beaucoup d’entreprises entendent saisir, pour remettre à plat à la fois leurs produits, leurs processus et leurs outils, en mettant en place une Digital Thread optimisée.
« L’écoute de nos clients et notre expertise du secteur aéronautique et défense, nous ont permis de faire une lecture opérationnelle très orientée métier de ces besoins, jusqu’à considérer que les Digital Thread sont en fait des scénarios de tâches opérationnelles ou de workflow métier, qui eux-mêmes doivent avoir une interopérabilité forte entre les différentes équipes, les communautés de pratiques et énormément de proximité sur les éléments de collaboration. On a, pour les différents verticaux industriels qu’on sert, composés ces partitions qui sont des Digital Threads. Sur le vertical aéronautique et défense, tel qu’on l’expose au Bourget cette semaine, on a sept de ces scénarios : Mission Driven Systems Engineering ; Multi-Disciplinary Design & Optimization ; Connected Verification & Certification ; Model Based Acquisition & Program Management ; Value Chain Intelligence & Integration ; Smart Manufacturing ; Optimized Sustainment & Avalability », précise Benoit Simonet.
Des solutions proposées aux grands groupes industriels et à leurs équipementiers, mais dont des sous-ensembles sont aussi proposés aux PME et aux start-ups, nombreuses dans le secteur. Il est d’ailleurs intéressant de noter que ces dernières ont le digital dans leur ADN et son donc très demandeuses de solutions leur permettant de démarrer très rapidement leurs activités. « C’est pourquoi nous leur proposons des ‘‘packages start-up’’, qui sont en fait des ‘‘All-In-one’’, contenant pratiquement toute la solution Siemens, leur permettant de mettre en place rapidement leur Digital Thread et leur Digital Twin », assure Rachid Hassaini.
Fluidifier la chaîne numérique
De fait, quand on regarde la représentation digitale que Siemens DISW propose pour une entreprise aéronautique, on a l’impression de se retrouver face à un gigantesque ‘‘plan de métro’’. (Voir notre photo) Sur lequel, en fonction du scénario choisi, certaines ‘‘stations’’ vont s’activer pour former des ‘‘lignes’’ desservant toutes les communautés de pratiques concernées, qu’elles soient internes à l’entreprise ou chez ses partenaires et fournisseurs.
« Nous regardons avec leurs équipes quelles sont leurs problématiques et les points bloquants qu’elles rencontrent, afin de leur apporter de la performance. On sait descendre au niveau des tâches opérationnelles, mais ce qui nous importe, c’est qu’elles soient mises dans la perspective de ce que va être un Workflow Collaboratif. Par exemple, le Digital Thread Multi-Disciplinary Design & Optimization est une chaîne de valeur qui a énormément d’actions, déjà au niveau des bureaux d’études sur notre segment Design. Il faudra, par exemple, que l’on soit capable de les aider à de faire cette conception pluridisciplinaire en CAO, non seulement mécanique, mais aussi électrique, électronique, voire logiciel. Ce qui est d’autant plus facile depuis l’acquisition de Mentor Graphics », développe Benoit Simonet.
On comprend mieux pourquoi Siemens s’est lancé depuis 2007 dans une politique d’acquisitions stratégiques, où elle a investi environ 14 milliards pour compléter ses capabilités. « Loin de vouloir faire disparaitre des concurrents gênants, ces acquisitions de sociétés ont été dictées par notre volonté d’ajouter des briques complémentaires à notre offre, en intégrant à la fois les technologies, mais aussi les hommes et les savoir-faire qu’elles recelaient, afin de couvrir le spectre le plus large possible », précise Rachid Hassaini.
Garder la certification à l’esprit
Une Digital Thread qui est particulièrement importante dans le monde de l’aéronautique et de la défense est celle adressant tous les aspects certification. « La certification est un enjeu essentiel pour nos clients. C’est une longue ‘‘ligne’’ car elle doit être présente à toutes les étapes du processus, car elle se planifie, s’exécute et se renouvelle à chaque modification, que l’on fasse de la grande série ou de l’unitaire comme c’est le cas pour le spatial. De plus, les produits aéronautiques ayant une longue durée de vie, ils vont être en permanence maintenus et améliorés. On aura donc énormément de modifications entre le As Designed, le As Built et le As Maintained, d’où un besoin permanent de certification », explique Benoit Simonet.
Mais ces différentes ‘‘lignes’’ sont très interdépendantes et il faut en permanence avoir à l’esprit les différents jumeaux numériques du produit, du process, des opérations et de la performance, mis en œuvre dans l’entreprise. « Quand on travaille sur une tâche initiale de conception, il faut aussi savoir travailler par anticipation à l’élaboration d’un certain nombre de scénarios de ce qui se passera en aval. Ainsi le Design for Manufacturing, le Design for Assembly, le Design for Maintenability ou le Design for Sevicability sont des choses importantes. Et cela est d’autant plus important que l’on aura de la diversité dans les produits pour les adapter aux besoins de différents marchés », estime Benoit Simonet.
Le Smart Manufacturing aux confins de l’ERP, du PLM et du MES
Le Smart Manufacturing est au coeur du Realize. Il est au cœur du triangle d’or où l’ERP, permet de savoir quand faire, le PLM quoi faire et le MES comment faire. Là aussi la Digital Thread va permettre de disposer d’une information unifiée allant de la définition géométrique de la pièce par le bureau d’études jusqu’au programmes d’usinage créés en Generative Manufacturing, qui seront ensuite simulés avant d’être chargés sur les machines-outils, en passant par la génération des gammes et des fiches d’instructions que l’on retrouvera sur les interfaces homme-machine des opérateurs. « Le Virtual Commissioning permet de simuler tout le process de production hors ligne, bien avant que l’on ait accès aux automates programmables des lignes de production et aux commandes numériques des machines-outils, des robots et autres cobots. On pourra ainsi démarrer beaucoup plus rapidement la production et réduire le temps de mise en cadence, en déverminant en amont tous les process de production pour réduire au minimum les réglages. Des données qui seront aussi largement utilisées par exemple dans Plant Simulation pour valider la production sur l’ensemble de la ligne de production et optimiser les temps de cycle de manière globale. Une telle démarche d’optimisation du capacitaire nous a permis dans notre usine de Haguenau, qui fabrique des débitmètres, d’éviter d’investir dans une nouvelle machine, simplement en réagençant les lignes de production et en retouchant un petit peu quelques séquences », poursuit Benoit Simonet.
L’arrivée de l’IA
Le contrôle qualité est aussi primordial dans l’aéronautique. Il est basé à la fois sur le déclaratif fait par les opérateurs, mais aussi sur la remontée automatique d’informations directement depuis les machines, via les automates programmables et les CN, mais aussi depuis de multiples capteurs via l’IoT et le Edge Computing. Des masses de données gigantesques desquelles l’Intelligence Artificielle va pouvoir extraire en temps réel les informations importantes, pour faire du prédictif et du préventif. « Mais attention, ChatGPT n’est pas capable de résoudre tous les problèmes, surtout dans des domaines sensibles comme l’aéronautique ou la défense, par contre l’on croit en l’IA et que l’on mène de nombreuses recherches », prévient Rachid Hassaini.
« Avant d’être un éditeur informatique, Siemens est un industriel qui depuis près de 180 ans travaille dans de multiples secteurs. Cela nous permet de parler le même langage que nos clients. On essaye avec les Digital Thread de comprendre de manière holistique quelles sont les attentes de leurs différents métiers en termes de performance, ainsi que de fluidité de leurs tâches opérationnelles et de la collaboration qui les supporte. Cela nous permet de comprendre où sont les points bloquants et d’envisager avec eux les solutions à explorer. Cela est d’autant plus facile que nous respectons les choix qu’ils ont déjà faits et les intégrons facilement dans la solution que nous leur proposons grâce à notre flexibilité et notre ouverture vers l’ensemble du marché. Il est essentiel pour nous et nos clients que l’on sache cohabiter avec nos concurrents. C’est la logique de la Digital Thread ! », conclut Rachid Hassaini.
Jean-François Prevéraud
Pour en savoir plus : https://www.sw.siemens.com/fr-FR/
