L’obsolescence programmée est un fléau pour les consommateurs, notamment pour le gros électro-ménager. Saluons l’initiative de la start-up EverEver qui s’est lancé dans le développement d’un lave-vaisselle plus fiable qui, en plus, est facilement réparable par monsieur Tout-le-monde et sera fabriqué en Bretagne. Martin Hacpille, son fondateur, nous a dévoilé quelques astuces de conception permettant d’arriver à ce résultat.
« Nous avons avec mes cinq collaborateurs, derrière ce projet, des convictions fortes liées à l’engagement environnemental et au développement durable, et je suis convaincu que cette innovation ne peut venir que d’un nouvel acteur qui casse la logique d’obsolescence programmée des grands fabricants de gros électroménager », estime Martin Hacpille, un jeune ingénieur, fondateur de la start-up EverEver, qui va mettre sur le marché un lave-vaisselle de fabrication française plus fiable et surtout facilement réparable par monsieur Tout-le-monde.
| Une idée, un prototype, une levée de fonds
Créé en 2018 par Martin Hacpille, ingénieur Arts & Métiers de Cluny et Paris, dans l’incubateur de l’école d’ingénieur des Arts et Métiers de Paris, le premier prototype fonctionnel EverEver voit le jour en 2019. En 2020, un deuxième prototype voit le jour avec une esthétique repensée avec l’aide du designer Pierre-André Bécuau. En 2021, Martin fait une première levée de fond, d’un montant de 500 k€, qui lui permet de poursuivre le développement de son projet et son industrialisation, ainsi que de recruter 5 collaborateurs qui vont continuer l’aventure EverEver à ses côtés. C’est en 2022 que le premier prototype industriel se rapprochant à 97% du produit final voit le jour. Cette même année, deux technologies sont brevetées pour l’amélioration de la réparabilité et l’évolutivité du produit. En 2023, EverEver lance une campagne de vieillissement accéléré pour valider l’ensemble des composants présents dans le lave-vaisselle, tout en brevetant une technologie pour réduire le poids de ce dernier pour le transport. D’ici la fin d’année 2023, EverEver sera disponible en prévente et en 2024, l’outillage industriel pour produire en grande série le lave-vaisselle sera fabriqué |
« Nous sommes parti du constat que seulement 10 à 20 % des lave-vaisselles en panne sont réparés, à cause du prix des pièces détachées et de la main d’œuvre nécessaire. Du coup, alors que remplacer une pièce défaillante ne représente qu’environ 100 grammes de déchets, à l’inverse, c’est en moyenne 45 kilos qui partent au mieux au recyclage et au pire en décharge. C’est une aberration écologique à laquelle l’équipe d’EverEver souhaite mettre fin. »
Pour relever ce challenge, EverEver équipe sa machine avec un module d’auto-diagnostique qui affiche un code d’erreur en cas de panne et qui pose 2 ou 3 questions simples au client pour déterminer rapidement et exactement l’origine de la panne. Si le client le souhaite, il peut commander la pièce défectueuse et se lancer dans la réparation l’aide des vidéos proposées sur le site du constructeur.
Pour faciliter la réparation, EverEver a conçu une architecture de machine relativement simple, très facile à comprendre et facile à démonter avec des outils de base, tournevis standard et clés Allen. Ainsi fini les vis avec des empreintes complexes nécessitant des outils spécifiques ou les heures de démontage pour accéder à une petite pièce.
« Cela a nécessité beaucoup de ‘‘jus de crane’’ de la part de nos concepteurs, mais cela est triplement bénéfique. D’une part notre produit sera plus facile à monter en usine, il pourra être réparé par le client final et si celui-ci décide de passer par un réparateur, ce dernier pourra confier la tâche à un technicien SAV ayant une moindre qualification, ce qui est appréciable dans un métier en forte tension. »
Concevoir différemment
Concevoir un produit durable, facilement réparable, qui plus est par monsieur Tout-le-monde, nécessite de penser différemment la conception. Outre le boitier d’auto-diagnostique pour identifier précisément la panne, il faut sans cesse penser réparabilité par un non-spécialiste durant la conception.
« Cela passe par une architecture de machine simple, facilement compréhensible où tous les composants sont facilement accessibles, et la suppression du recours à des outillages spécialisés, notamment en utilisant des vis à empreinte cruciforme ou à 6 pans creux. Ainsi pour accéder aux pompes de cyclage et de vidange pas besoin de démonter toute la machine. Il suffit de la coucher sur le côté, de déclipser le fond et il faut alors 2 minutes pour démonter les pompes. Autre point, si nous faisons appel à du clipsage pour faciliter les assemblages, ceux-ci sont conçus pour être démontés et remontés facilement plusieurs fois sans casser. De plus, ils ne sont pas cachés mais indiqués et mis en valeur par une couleur verte. De même, alors que la plupart des constructeurs ont choisis des câbles électriques uniformément blancs, nous avons opté pour des câbles de différentes couleurs pour faciliter leur repérage. »
« Nous apportons aussi une attention toute particulière à la sécurité lors des opérations de démontage. Une tôle emboutie de 0,6 millimètres d’épaisseur, c’est un super rasoir. Donc nous pouvons soit utiliser des bords ourlés, soit des revêtements de peinture qui recouvrent bien et qui suppriment le tranchant. Enfin, nous avons aussi recours au plastique pour certaines pièces traditionnellement réalisées en tôles embouties. Ce qui permet aussi d’intégrer de multiples fonctions statiques dans une seule pièce. Les pièces d’usure, telles les charnières, restent quant à elles toujours rapportées et assemblées avec des vis pour faciliter leur remplacement. »
Durable et évolutif
Pour garantir la durabilité de son lave-vaisselle, outre la simulation numérique autour de Solidworks, EverEver a aussi mené de larges campagnes d’essais de vieillissement accéléré en laboratoire. « Cela nous a notamment permis de valider la tenue dans le temps d’éléments comme les ressorts ou les pièces en matière plastique. Nous avons pour cela fait des tests d’oxydation de certains plastiques pour s’assurer qu’on sélectionnait les bons grades, qui tiennent bien dans le temps. Ils sont un peu plus chers, mais beaucoup plus résistants. »
De plus, cette simplification de l’architecture et son accès facile permettent une évolutivité du produit. « Si par exemple vous souhaitez bénéficier du surcroit de production de vos panneaux photovoltaïques pour lancer un cycle de lavage, il vous suffira simplement d’ajouter un petit module électronique sur la carte électronique mère. »
Mais cette conception spécifique a aussi un coût. Si le prix moyen d’un lave-vaisselle en France en 2022 est de 699 €, celui de EverEver sera proposé à 850 €. « C’est le coût de la qualité d’un produit fabriqué en France, garanti 8 ans et facilement réparable. Et cette différence représente le déplacement et une heure de main d’œuvre d’un technicien SAV, que vous pourrez facilement économiser. »
Fabriqué dans le Morbihan
En fait, si le bureau d’études et le laboratoire de l’entreprise sont situés au cœur de Paris. La fabrication se fera en Bretagne Sud, dans le Morbihan. « Nous avons saisi la proposition de Plateau Urbain, une coopérative qui lutte contre la vacance immobilière avant les travaux de restructuration d’immeubles de bureaux, pour bénéficier d’une location parisienne offerte à un prix dérisoire à des jeunes structures comme la nôtre. »
« Par contre pour mener à bien notre projet de fabrication française, nous allons faire appel à de nombreux sous-traitants. Après en avoir recensé plus de 300 potentiels et mené des audits de qualité, de performance et de coûts, nous en avons finalement retenu une trentaine qui vont représenter presque 80 % des pièces de notre produit, dont la plupart sont localisés en Bretagne Sud, Vendée et Pays de la Loire. D’où notre idée d’avoir une usine d’assemblage à proximité pour avoir un circuit court plus de réactif. Le reste des pièces proviendra à 17% de l’Europe et 3% du reste du monde. On peut donc parler d’un vrai produit Made in France. »
Des négociations sont en cours avec plusieurs municipalités avant de faire le choix définitif d’implantation de l’usine. « Je suis en train d’aller voir les élus pour leur présenter le projet, parce que c’est important pour nous que ce projet soit aussi voulu par les différentes parties prenantes du Morbihan. »
Ce site sera à la fois une usine d’assemblage, un lieu de stockage des composants, et ça sera également un laboratoire qualité, parce que tous les produits vont être testés sur l’aspect électronique et hydraulique avant d’être emballés et expédiés. « C’est important pour nous et il y aura des savoir-faire en termes de qualité et des techniciens SAV qui seront présents sur ce site-là. Et à moyen terme, il y a aussi une volonté de développer un pôle de recherche pour améliorer encore plus nos objectifs d’économie circulaire sur ce produit. Notamment sur les matériaux bio-sourcés. »
Ce qui est certain, c’est que EverEver n’entend pas se limiter au seul lave-vaisselle, mais proposer à terme toute une gamme de produits éco-conçus qui soient durables et facilement réparables. Donc après le lave-vaisselle, à quand le lave-linge, le frigo… ? « Ce sera d’autant plus facile que notre approche développement durable attire plein de jeunes ingénieurs souhaitant s’impliquer dans une aventure qui a du sens pour eux », conclut Martin Hacpille.
Jean-François Prevéraud
