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DessIA Technologies propose des outils d’Intelligence Augmentée aux concepteurs

  • Publié le 13/02/2025
  • Alors que le Sommet pour l’action sur l’Intelligence Artificielle de Paris est à peine terminé, nous avons rencontré Jean-Pierre Roux, CEO de DessIA Technologies, qui nous a expliqué comment leurs outils basés sur l’IA peuvent apporter une Intelligence Augmentée aux concepteurs. Des solutions qui ont déjà séduit des groupes comme Airbus, Alstom, Boeing, Renault, Safran, Thales, Valeo et très récemment Naval Group.

    « Toutes les Apps que nous développons pour nos clients ne sont pas là pour remplacer leurs concepteurs, mais au contraire pour augmenter l’humain en lui apportant des informations qui vont l’aider à trouver de nouvelles idées, et à prendre des décisions éclairées, tout en vérifiant le respect total des règles-métiers propres à l’entreprise. C’est pourquoi au vocable d’Intelligence Artificielle, qui effraye toujours un peu, nous préférons parler d’Intelligence Augmentée au service de l’ingénierie », rassure d’entrée de jeu Jean-Pierre Roux, CEO de DessIA Technologies.

    De fait, les prémices de DessIA Technologies remontent à 2015 lorsque Pierre Emmanuel Dumouchel, ingénieur chez PSA, supervisait la thèse de Steven Masfaraud de l’ENS. Tout deux voulaient utiliser l’IA pour développer des outils permettant d’automatiser certaines tâches d’ingénierie, afin d’arriver à du ‘‘Generative Engineering’’

    Dans une interview de 2022, Pierre Emmanuel Dumouchel racontait cette genèse :« Cela nous a permis de mettre en place les fondements théoriques d’un tel langage, puis de nous lancer, tous les deux, dans la création de DessIA Technologies en 2018, afin de développer une offre logicielle. Nous sommes alors partis d’une feuille blanche pour créer une plate-forme ‘‘Low Code’’ en langage de programmation Python, autour de cette façon de voir l’ingénierie. Nous avons mis cette plate-forme en Open Source et nous l’exploitons pour créer des assistants, des ‘‘Bots’’, permettant d’automatiser certains aspects de la conception. »

    Des ‘‘Bots’’ aux ‘‘AI Apps’’

    Trois ans plus tard, le positionnement et la communication de DessIA Technologies se sont précisés. Si Python est toujours au cœur de la plate-forme logicielle, elle est maintenant présentée comme une Platform-as-a-Service (PaaS), et les ‘‘bots’’ qu’elle permet de développer, sont devenus des ‘‘AI Apps’’, afin de rappeler que ce sont des applications intégrant de l’IA, afin d’automatiser certains processus d’ingénierie. Pierre Emmanuel Dumouchel a passé la main à Jean-Pierre Roux, qui a eu des postes de management chez Altair Engineering et Siemens Digital Industries Software, pour diriger la société, afin de se concentrer sur le développement de la technologie en tant que directeur général.

    La société après avoir levé 5 M€ en 2021, a fait un nouveau tour de table de 3 M€ en 2024 avec notamment l’entrée au capital, aux côtés des deux investisseurs capital-risque historiques, d’Orano Venture Fund. Et un troisième tour, plus important, devrait avoir lieu d’ici 2026 pour financer le développement de la société en Europe et Outre-Atlantique. Une société devrait atteindre les 35 personnes d’ici l’été, avec plus de 80 % de l’effectif dédié à la compétence technique (développeurs de logiciels Front End/Back End, Data Scientists, ingénieurs projet, ingénieurs R&D…).

    « Et à tout cela, il faut bien entendu ajouter une panoplie de clients dans différentes industries (Aéronautique, Automobile, Défense, Ferroviaire, Naval…), avec une maturité bien sûr variable, qui suit aussi l’organisation des entreprises dans leur capacité à déployer et à avancer. Ainsi Renault, qui a été l’un de nos pionniers, affirme avoir sur certains projets divisé son temps de conception par 30 ! », précise Jean-Pierre Roux.

    Mais, outre d’énormes gains de productivité facilement mesurables, c’est la qualité même des produits conçus qui fait un bon en avant, car les équipes projets, grâce à l’automatisation de certaines tâches, peuvent être beaucoup plus réactives aux changements d’hypothèses et sont capables d’évaluer un champs des solutions possibles beaucoup plus vaste, afin de faire des choix beaucoup plus avisés. De plus, en ayant des passerelles avec les principaux outils de PLM et d’Ingénierie Système du marché, DessIA Technologies garantit la continuité numérique tout au long du processus de conception.

    Garantir le respect des règles-métiers

    Cette plate-forme PaaS permet de développer des applications, ‘‘AI Apps’’, qui vont automatiser des processus d’ingénierie. Des processus très amont, très orientés système, jusqu’à des processus complètement 3D, donc plus aval. « On a même des processus autour du Manufacture Engineering, où l’on manipule des données provenant de scans fait par des Lidars dans des usines, afin de reconnaitre automatiquement des équipements pour procéder à des routages de câbles ou de tuyauteries. » Mais l’ingénierie c’est aussi beaucoup de documents d’où il faut extraire des informations disséminées dans des textes ou encore des plans 2D dont il faut automatiser la vérification, un processus qui lorsqu’il est manuel prend beaucoup de temps, alors qu’il est sur le chemin critique d’un projet, et n’est pas exempt d’oublis. Une vérification qui peut aussi concerner des modèles 3D de systèmes complexes, non pas pour vérifier l’exactitude de la géométrie, garantie par les modeleurs, mais le respect en continu des règles-métiers de l’entreprise pour apporter plus de robustesse au produit conçu.

    Autant d’outils automatiques qui améliorent la productivité et l’efficacité des bureaux d’études, surtout quand on sait qu’un équipementier automobile de rang 1 doit gérer environ 1 000 règles internes et un constructeur automobile de l’ordre de 15 000 règles ! Un bon moyen pour réduire les revues de conception intervenant régulièrement lors des jalons d’un projet complexe.

    « La typologie des données d’ingénierie est très vaste et notre mission c’est d’automatiser, en utilisant de l’IA, certains processus d’ingénierie, car il est illusoire de vouloir tout automatiser d’un coup, tout en respectant la continuité numérique dans l’écosystème des clients. »

    En mixant de nombreuses sources de données, DessIA Technologies a ainsi développé pour Safran, une application de génération fonctionnelle d’architectures de systèmes de propulsion hybrides d’avions, qui prend en compte différentes missions de vol, les règles-métiers propres à l’entreprise et les exigences des organismes de contrôle. L’objectif étant de trouver les architectures les plus prometteuses pour chaque cas d’usage. On est là en 0D. A l’autre bout de la chaine de l’ingénierie, DessIA Technologies vient d’annoncer un contrat triennal avec Naval Group pour automatiser la création de certains emménagements de navire, en optimisant en 3D le placement d’équipements et les routages des câblages, nappes électriques, conduits et tuyaux qui les relient. « Là on est vraiment dans du 3D génératif puisque, grâce à notre modeleur intégré, on récupère en natif ce qui sort des outils de CAO des PLM du marché, on génère une implantation et des routages 3D, puis on exporte la donnée pour qu’elle soit de nouveau réutilisée dans l’environnement PLM initial. »

    Automatiser peut faciliter l’innovation

    Mais en utilisant des règles basées sur l’expérience de l’entreprise n’y a-t-il pas un risque de brider l’innovation ? « Déjà l’innovation de rupture est rare dans l’industrie, on pratique plus souvent l’innovation par petites touches et on fait preuve de précautions. C’est le but des règles-métiers qui assurent une vraie robustesse au produit conçu. Mais ceci étant, le fait d’avoir des règles-métiers digitalisées permet d’un simple clic d’en neutraliser certaines et de voir instantanément l’impact que cela a sur la conception. De plus, l’automatisation des processus d’ingénierie permet au concepteur d’avoir non plus une ou deux solutions à un problème donné, mais un champ des solutions possibles que l’humain aurait certes fini par trouver, mais dans un temps qui n’est pas compatible avec celui attribué au projet. L’automatisation peut donc faciliter l’innovation par rapport à un processus manuel. Mais la vraie innovation de rupture pour un industriel, c’est peut-être déjà d’automatiser certains de ses processus d’ingénierie. »

    Reste à convaincre les concepteurs que ces ‘‘AI Apps’’ ne vont pas les remplacer pour qu’ils les acceptent et les utilisent. « Tout d’abord il ne s’agit pas de ‘‘véhicules autonomes’’ couvrant tout le spectre de l’ingénierie et dotés d’un pouvoir de décision. Nous sommes là sur des outils parcellaires qui apportent de l’information à l’humain pour l’aider dans ses prises de décision. De fait, ce sont de vraies aides à la conception qui apportent des éléments de réponse plus larges pour une meilleure décision. C’est pourquoi nous parlons d’Intelligence Augmentée. Alors effectivement il faut dans un premier temps que le top management de l’entreprise soit visionnaire pour pousser ce genre d’outils en balayant les angoisses. Mais dès les premières démonstrations, les concepteurs comprennent vite que l’on ne propose pas un concepteur 2.0 autonome, mais des outils d’aide à la conception, qui vont les aider à trouver plus rapidement une convergence, basée sur le savoir des experts, vers un produit qui est optimum. »

    Mais attention, si les gains apportés par les outils basés sur l’IA sont supérieurs à 50 % en terme de réduction de temps de conception, leur mise en place nécessite de gros efforts de la part des organisations. D’abord, il faut identifier quels processus d’ingénierie, sur le chemin critique du développement produit, seraient le plus susceptibles d’en tirer parti. Ensuite, il faut trouver les sources d’information dans et hors des processus de l’entreprise, puis, si ce n’est déjà fait, ‘‘écrire’’ les règles de conception et enfin, il faut qu’un développeur de DessIA Technologies crée ‘‘l’AI App’’ ce qui demande de 2 à 4 mois de travail. On aura alors ce qu’on appelle un MVP (Minimum Viable Product, produit minimum viable), qui va déjà traiter en V1 une grosse partie de l’automatisation du processus ciblé, pour déjà apporter de la valeur et prouver les gains potentiels qui seront atteignables avec les V 2, V 3 qui apporteront plus de capacités.

    IA ‘‘statistique’’ ou IA ‘‘symbolique’’ suivant les cas

    « Au final, le concepteur, l’ingénieur ou l’architecte a un ‘‘App Store’’ devant lui, et il lance des applications en cliquant dessus, qui vont lui demander d’être nourries d’informations. Notre plate-forme PaaS émule le langage de programmation Python, ce qui nous permet d’aller chercher dans les librairies Python, les meilleurs algorithmes pour résoudre un problème donné et on va les adapter pour rentrer dans notre format qui est, bien sûr, basé sur Python. Si rien ne nous satisfait, on va alors développer nos propres algorithmes. C’est par exemple ce que nous faisons pour le routage, un sujet cross-industriel où il faut des algorithmes définissant le plus court chemin, mais qui soient contraints par les règles-métiers d’une profession ou d’une entreprise. »

    Si l’industriel dispose d’un grand Data Set, on va pouvoir faire de l’IA ‘‘statistique’’, du Machine Learning, et donc construire un modèle prédictif. Mais dans l’ingénierie, surtout pour la partie conception, on ne dispose pas toujours de données en quantité et en qualité suffisantes pour faire de l’IA ‘‘statistique’’. Dans ces cas-là on va plutôt faire de l’IA ‘‘symbolique’’ ou ‘‘explicable’’ .On va partir des règles-métiers et on va utiliser des algorithmes qui vont faire de la génération exhaustive de solutions à partir de ces règles. Il y a donc deux approches et, suivant le type de problème et la typologie de données qui sont présentes dans le processus que l’on veut automatiser, la plate-forme PaaS de DessIA Technologies utilise l’une ou l’autre.

    « Du point de vue de l’IA ‘‘symbolique’’, on a pas mal customisé les algorithmes autour des arbres de décision pour qu’ils soient très efficaces. Mais, d’une façon générale, on ne vas pas réinventer la roue, s’il existe de bons algorithmes pour nos problématiques, on va les intégrer dans notre plate-forme et les personnaliser pour les appliquer sur des objets d’ingénierie (Ingénierie Système, 2D, 3D, etc.). Notre mission, ce n’est pas de développer un code Python sur un coin de bureau. Si on veut  déployer l’IA dans les ingénieries, il faut que ce soit via une plate-forme utilisable, automatisable et connectable avec les outils PLM du marché. »

    S’ouvrir aux ESN et à l’international

    DessIA Technologies se positionne en éditeur de la plate-forme logicielle PaaS, qui est fournie avec ses librairies. Dans celles-ci, on trouve un certain nombre ‘‘d’AI Apps’’ génériques, par exemple pour le routage, à partir desquelles le client ou DessIA Technologies vont développer des applications personnalisées. Celles-ci vont définir les données que l’on récupère en entrée et celles que l’on exporte en sortie, ce qui est très lié à l’écosystème du client. Ensuite elles vont intégrer les règles de conceptions propres à chaque client.

    « Aujourd’hui on a une équipe projet qui développe ces ‘‘AI Apps’’ pour le compte du client, s’il ne peut pas ou ne veut pas le faire. Et on commence à travailler avec des Entreprises de Services du Numérique (ESN) qui à terme identifieront des processus candidats chez nos/leurs clients et développeront ces ‘‘AI Apps’’ pour le compte des clients. Donc il y a un gros aspect partenariat qui est en train de se mettre en place, même si je ne peux pas donner de nom officiellement aujourd’hui. Ce seront des ESN qui sont déjà présentes dans les ingénieries des industriels en France et ailleurs. Notre volonté, en tant que société, c’est de commencer à s’internationaliser en 2025 et 2026, en développant nos équipes marketing et commerciales, afin d’aller chercher de nouveaux clients en Europe et puis en Amérique du Nord. Tout en continuant bien sûr à déployer chez nos industriels français. »

    Pour le moment, DessIA Technologies n’est présente que dans l’industrie manufacturière discrète, mais elle commence à travailler certaines pistes dans le monde de la construction autour du BIM (Building Information Modeling). A beaucoup plus longue échéance, DessIA Technologies pourrait aussi s’intéresser à d’autres domaines (médical, chimie …).

    « Aujourd’hui la visée et la stratégie que l’on a, c’est de s’internationaliser puisque finalement il n’y a pas de raison qu’on ne réussisse pas. On conçoit les produits de la même façon Outre-Atlantique ou ailleurs en Europe. Donc ça veut dire qu’on a pour ambition de grossir et donc d’atteindre une taille critique en terme de puissance de frappe technique et puis commerciale pour continuer à grossir. Pour cela, nous allons continuer à aller chercher des partenaires investisseurs, d’une façon cadencée. On a fait deux levées de fonds et il y en aura certainement d’autres pour nous aider à passer à la vitesse supérieure », conclut Jean-Pierre Roux.

    Jean-François Prevéraud

    Pour en savoir plus : https://www.dessia.io/