Quel est le point commun entre une montre, un bijou, un lustre en cristal, des cosmétiques, des vêtements et une cuisine sur-mesure ? Tous sont personnalisables et font appel à des rendus 3D interactifs hyper-réalistes pour être présentés, avant qu’ils ne soient fabriqués, au consommateur souhaitant se les offrir. Un domaine où s’illustre HapticMedia dont j’ai rencontré cette semaine deux des co-fondateurs. En route pour un beau voyage dans le monde du luxe.
HapticMedia a été créé en 2014 par quatre co-fondateurs, Henri Foucaud, Président, Hugo Rimele, en charge de la stratégie produit, Loïc Muhlmann, responsable des produits et Lionel Liebe, directeur technique. Si les trois premiers ont eu un passé commun chez la défunte Pixium, une société spécialisée dans l’imagerie pour l’architecture et l’urbanisme, Lionel Liebe était chercheur au CNRS où il travaillait sur les aspects vision stéréoscopique permettant la perception du relief par le cerveau, travaux qui sont au cœur des algorithmes de rendu hyper-réaliste de HapticMedia.
« Ces passés nous ont donné des prismes de vision différentiés sur ce que devait être des rendus hyper-réalistes, tout en ayant à la fois une bonne connaissance de la notion de configuration d’un produit et de la gestion de grandes maquettes numériques. Parallèlement nous avons eu l’intuition que l’évolution des performances des cartes graphiques des smartphones permettrait d’afficher à court terme de la 3D de qualité en temps réel », explique Henri Foucaud.
« De plus, nous avons constaté en même temps que le principal frein à l’achat sur internet était de ne pas bien comprendre un produit présenté en 2D, à la fois en termes de qualité, de taille ou de forme, et surtout de ne pas pouvoir l’essayer s’il est destiné à être porté par le consommateur, notamment dans le cas pour les produits de luxe (joaillerie, horlogerie, cosmétique, habillement, maroquinerie…). » Il faut dire qu’alors, les moteurs de rendu réaliste étaient soit orientés vers les jeux vidéos soit vers la conception de produits, avec un niveau de qualité de rendu moyen, car les aspects marketing et vente étaient négligés.
Satisfaire un marché naissant
Ces opportunités techniques et le marché potentiel escompté ont conduit à la création de HapticMedia. « Notre objectif était de développer un outil de rendu hyper-réaliste destiné au marché du luxe, qui soit facilement utilisable par les créateurs de ces produits, mais aussi par leurs clients à travers le Web, à la manière d’un ‘‘Photoshop de la 3D’’. Outre les aspects visualisation haut de gamme, nous y avons ajouté notre expérience de la gestion en configuration pour répondre à la demande grandissante de personnalisation des clients. Le consommateur peut alors jouer en temps réel avec les formes, les matières et les couleurs, voire ajouter de la gravure pour ‘‘co-créer’’ avec son fournisseur, un produit qui soit parfaitement adapté à ses souhaits. »
Transmettre l’émotion des matières d’un produit
« A l’opposé des moteurs de rendu réaliste généralistes, nous avons décidé de nous focaliser sur les besoins des acteurs du monde du luxe en créant un moteur adapté à chaque fois aux besoins de leur secteur d’activité (joaillerie, horlogerie, cosmétique, habillement, maroquinerie…). C’est-à-dire avec des qualités de rendu qui aillent quelque fois au-delà de la réalité, mais surtout une facilité d’utilisation et de réglage qui permette à des gens de métier, pas forcement spécialisés dans la 3D, de pouvoir créer rapidement des rendus 3D hyper-réalistes interactifs, à la hauteur de leurs attentes où la lumière transcende l’objet, avant de pourvoir les mettre facilement en ligne sur leurs sites Web », explique Loïc Muhlmann.
Ainsi, le matériau diamant se règle dans le moteur de rendu de HapticMedia à l’aide de deux paramètres propres à la classification standard des diamantaires : la couleur, qui va de D à Z ; la clarté, qui va de FL à I3. Pas besoin de régler les couleurs avec un nuancier, il suffit de donner la valeur de ces deux paramètres au logiciel pour qu’il affiche la couleur et la transparence exactes. De même, la couleur de l’or est le résultat du mélange de trois métaux dans un alliage dont on choisi les proportions. Pour les tissus, il suffit de donner le type de fils utilisé avec sa référence Pantone et la trame choisie. « On utilise non pas des réglages de couleurs, mais des réglages métiers qui vont créer un rendu hyper-réaliste. On ne s’adresse pas à des graphistes 3D, mais à des designers spécialistes d’un métier, qui se servent des termes qu’ils utilisent au quotidien. D’où une très grande acceptabilité du logiciel. »
Du service pour comprendre les besoins
Au départ HapticMedia a beaucoup travaillé en prestation de services pour les acteurs du luxe pour, à la fois, créer des rendus hyper-réalistes à la demande, mais aussi pour développer autour de son moteur de rendu des fonctionnalités spécifiques à chaque métier, voire à chaque client. « Dès le départ nous avons travaillé avec des marques des groupes Richemont (Piaget, Baume & Mercier…) et LVMH (Guerlain, Kenzo…), qui nous accélère aussi au sein du campus Station F. Cela nous a permis d’être très proche des marchés, de comprendre les problématiques de ces marques, de prendre conscience de la forte dynamique du besoin de personnalisation, notamment en Asie, de constater qu’Internet et le mobile étaient devenus la première vitrine des marques de luxe. Un nouveau paradigme qui oblige les marques à repenser la représentation de leurs produits dans les espaces digitaux, que sont leurs sites ou bien les réseaux sociaux. »
Des prestations qui ont aussi permis d’optimiser le moteur de rendu, d’affiner les outils, de comprendre les métiers auxquels s’adressait HapticMedia, notamment en terme de structuration des produits avec des logiques de matériaux, d’éclairages et de scénario, afin de leur apporter une réelle valeur ajoutée.
Du service au logiciel SaaS
Toutes ces années passées à faire de la prestation de services aboutissent maintenant à la commercialisation du logiciel ApViz, une solution de représentation 3D hyper-réaliste interactive SaaS autonome. ApViz est compatible en entrée avec la plupart des formats 3D du marché, qu’il s’agisse de logiciels génériques (Catia, Solidworks…) ou plus spécifiques à la joaillerie ou à horlogerie (Rhino Gold, 3Design…), grâce à l’utilisation des formats standard OBJ et STEP.
Pour générer un rendu 3D hyper-réaliste interactif à l’aide d’ApViz, il suffit donc d’importer la géométrie de l’objet, de définir les arbres de configuration avec tous les choix possibles, d’associer des matériaux et des types de finition aux surfaces, de définir la scène d’éclairage, de fixer les points de vue, ainsi que les scénario de visualisation en fonction du regard artistique voulu. Tout cela est transformé en lignes de code HTML et VR Script, directement intégrables sur un site Web.
On peut aussi ajouter des fonctionnalités complémentaires telle la gravure personnalisée, si cela est prévu par le fabricant. Enfin, on pourra à très brève échéance utiliser le modèle 3D hyper-réaliste interactif présent sur un smartphone, pour faire de l’essayage virtuel à l’aide de la caméra du smartphone et d’un peu de réalité augmentée pilotée par de l’Intelligence Artificielle pour positionner correctement l’objet en temps réel. La bague pourra alors être positionnée sur la main, la montre au poignet, les boucles aux oreilles ou les lunettes sur le nez.
Le ticket d’entrée d’ApViz est de 12 K€/an et peut aller jusqu’à 60 k€/an en fonction du nombre de modèles 3D hyper-réalistes interactifs mis en ligne.
Partager le savoir-faire avec les clients
« Nombre de clients travaillant en prestation de service basculent actuellement vers ApViz, car ils ont été séduits par l’autonomie et la maitrise de l’ensemble de la chaine que ça leur apporte, tout en leur faisant gagner du ‘‘Time to Market’’, même si cela suppose une modification de leurs process internes. De plus, ils peuvent capitaliser sur ce que HapticMedia leur à fournit en termes de services (bibliothèques de matériaux, éclairages, scénario…) et continuer à l’utiliser pour leurs développements futurs. Ils pourront même les enrichir avec leurs propres développements, voire avec de nouveaux développements faits à la demande par HapticMedia », précise Henri Foucaud.
Cela permettra aux clients de HapticMedia de disposer d’outils de vente qui vont aider le consommateur à se rassurer sur la qualité du produit, sur ses caractéristiques et sur le fait que cela lui aille. Il ne s’agit de produire un ‘‘effet waouh’’ passager, mais réellement d’aider à la vente en lui apportant une information additionnelle qui va le décider à l’acheter.
« L’automobile et l’aéronautique utilisent déjà des configurateurs 3D en ligne, qui sont, bien souvent, issus de la gamme des outils de leurs fournisseurs d’outils PLM. Ce sont donc des marchés difficiles à pénétrer pour un petit éditeur spécialisé comme nous, mais force est de constater que certains de ces industriels commencent à nous approcher, car ils montent en gamme et essayent de vendre leurs produits en ligne avec un degré de personnalisation toujours plus important, et ils ont vu ce que nous sommes capables de faire avec les marques du monde du luxe », constate Henri Foucaud.
La Covid accélère le mouvement
« La crise sanitaire liée à la Covid a eu un impact positif sur la digitalisation des entreprises car elles ont vu leurs ventes sur Internet doubler en quelques mois. Elles ont donc, dans un premier temps investit, dans de la logistique et de la relation client pour faire face à cet afflux. Maintenant elles investissent dans la représentation de leurs produits pour augmenter leur efficacité commerciale », constate Henri Foucaud.
« Dans tous les cas cette crise leur a fait se poser des questions sur leur évolution à long terme. Les évolutions qui étaient déjà en cours changent. Du simple projet marketing, on passe à des projets numériques d’entreprise beaucoup plus globaux. Nombre de nos clients estiment avoir réalisé en quelques mois, ce qu’ils pensaient pouvoir faire en trois ans en terme d’offre e-commerce », complète Loïc Muhlmann.
Cela ne signifie pas la mort des boutiques, mais un rééquilibrage des activités physiques et numériques. « Une boutique coute très cher à la fois en m², mais aussi en terme de stock de produits à présenter. Des paramètres auxquels il faut maintenant ajouter les contraintes sanitaires lourdes (fermeture, désinfection des produits…). On va donc aller vers des boutiques où l’on ne présentera qu’un modèle de chaque gamme avec quelques échantillons de matières et de finitions, associé à une présentation numérique de toutes les personnalisations possibles, afin de définir son propre modèle. » Un commerce hybride en quelque sorte !
Vers un nouveau business model
L’avenir d’HapticMedia va aussi être hybride : « On va continuer l’activité de service pour garder le lien privilégié avec nos clients, des marques de luxes réputées pour être très difficiles à séduire et à établir une relation de confiance. Et en même temps nous sommes entrain de construire une dynamique commerciale autour de notre logiciel SaaS ApViz. Cela va nous ouvrir des horizons énormes mais aussi nous confronter à des processus de prospection et de vente très différents de ceux que nous rencontrons habituellement. Nous sommes donc obligés de nous réinventer en créant une propre ‘‘start-up’’ à l’intérieur de notre société. C’est très excitant », précise Henri Foucaud
« L’objectif est de passer de 35 % de licence à la fin de cet exercice à plus de 85 % d’ici 2 ou 3 ans. L’intérêt du modèle SaaS est d’être totalement ‘‘scallable’’, que l’on vende 100 licences ou 100 000 c’est quasiment pareil au support commercial et technique près, ce qui est moins consommateur de ressources humaines que le service. Notre rôle est d’améliorer l’outil, de lui ajouter des fonctionnalités, et éventuellement des ‘‘verticales métiers’’. »
« Quant à l’évolution de la société, ce qui nous importe c’est que l’idée aille le plus loin possible. S’il faut s’associer à des gens ou entrer dans le giron d’un autre industriel pour que le produit soit diffusé plus vite, plus largement ou de manière plus efficace, nous sommes prêts à le faire. Il faut que notre produit soit le plus fort possible, le plus vite possible, car nous sommes dans un environnement très concurrentiel en évolution très rapide », conclut Henri Foucaud.
Jean-François Prevéraud
Découvrez comment Baume utilise les produits de HapticMedia pour aider ses clients à configurer en ligne leur montre. Doc : HapticMedia
Pour en savoir plus : http://www.hapticmedia.com
