AccueilJFPL’avenir de la conception selon Dassault Systèmes

L’avenir de la conception selon Dassault Systèmes

  • Publié le 14/03/2024
  • Nous avons eu le plaisir de participer à 3DExperience World 2024 qui s’est tenu à Dallas du 11 au 14 février. L’occasion de faire le point sur la stratégie et les annonces à venir au sein de Dassault Systèmes avec l’ensemble de ses dirigeants qui étaient réunis pour l’occasion. Pour l’éditeur français, une nouvelle approche de la conception est en train de naitre, basée sur l’intégration de la modélisation, de la simulation et de l’IA dans une plate-forme Cloud unifiée, afin de relever les défis du développement durable.

    Bernard Charlès va revenir à la R&D et la science

    Alors qu’il a cédé son poste de CEO à Pascal Daloz au 1er janvier pour devenir Executive Chairman, Bernard Charlès va rester très actif au sein de Dassault Systèmes. « Je suis un scientifique de formation et j’aime la science. Donc je vais revenir vers la recherche et travailler avec Patrick Johnson, directeur de la recherche chez Dassault Systèmes, et je ferai le lien entre la recherche et la stratégie, maintenant sous la houlette d’Elisa Prisner. Et soyez en sûr, je suis convaincu, comme je l’ai écrit dans mon livre ‘‘La Renaissance de l’Industrie’’, que la science est de retour et redevient la pierre angulaire de nombreuses industries du 21e siècle, pour redéfinir la façon dont l’être humain doit s’organiser pour produire des produits et des services pour un monde plus durable. Et l’arrivée d’une IA toujours plus performante va permettre de révéler plus vite le pouvoir de la science pour relever les défis de l’humanité. »

    D’entrée de jeu, Gian Paolo Bassi, Senior VP 3DExperience Works & Customer Role Experience de Dassault Systèmes a donné le ton de la manifestation en arrivant sur l’immense scène devant plus de 5 000 personnes au volant d’une AC Cobra, mythique sportive anglo-américaine du début des sixties … rétrofité en véhicule électrique par le texan E Muscle Cars. On sent ici la volonté de s’inscrire dans le développement durable plus sobre en énergie et plus regardant sur l’impact pour la planète.

    Une tendance confirmée par Bernard Charlès, maintenant Executive Chairman depuis qu’il a passé la main au 1er janvier à Pascal Daloz, comme Chief Executive Officer. « Cela fait plus de 25 ans que nous travaillons ensemble. Il est passé par la R&D, la stratégie, la finance, la direction de Dassault Systèmes. C’est la bonne personne, au bon endroit, au bon moment pour relever les défis des 25 prochaines années. »

    Il a ensuite rappelé les évolutions intervenues depuis l’acquisition de la start-up SolidWorks en 1997. « Cela a permis de démocratiser la 3D auprès du plus grand nombre et de créer une formidable communauté d’utilisateurs. Aujourd’hui bien au-delà de la CAO, nous sommes sur la plate-forme 3DExperience Works, qui combine la puissance de SolidWorks aux avantages du Cloud, pour lequel nous avons développé notre propre système d’exploitation, Tina, afin d’offrir de multiples services aux utilisateurs, qui l’on adopté massivement. Reste maintenant à combiner cela avec l’Intelligence Artificielle, pour arriver à une nouvelle approche de la conception, ‘‘a new world of design’’. »

    « Le phénomène de la plate-forme est vraiment la nouvelle façon de créer un nouveau type d’expériences, qui à la fin servira à l’humain pour améliorer le monde dans lequel il vit. C’est très important dans tous les investissements que nous faisons pour l’avenir et nous continuerons d’y investir à la même cadence. »

    Vous devrez concevoir déchets réutilisables

    « Il va falloir réinventer la façon dont le cycle de vie passe du cycle de vie des produits au cycle de vie des ressources. Parce qu’un jour, il vous faudra concevoir vos déchets. Vous devrez concevoir non seulement le produit, non seulement l’expérience de vos clients, mais aussi les déchets issus du produit, afin qu’ils puissent être une ressource pour quelqu’un d’autre. »

    « Pour cela, nous avons connecté au sein de la plate-forme 3DExperience Works la modélisation, la simulation et l’IA pour créer en quelque sorte un ‘‘Magic SolidWorks’’. Dans un futur proche, vous aurez une nouvelle interface utilisateur qui vous permettra d’exprimer en langage clair ce que vous voulez faire. Par exemple, partir d’une esquisse de tête de taureau de Picasso, pour créer en 3D un guidon de vélo. Le système va rechercher les données disponibles dans le Cloud et leur appliquer vos règles de conception et de validation pour vous proposer plusieurs alternatives envisageables. Vous pourrez alors par exemple lui demander d’en réduire le poids et il relancera une boucle de calcul pour aller dans ce sens. Pour nous, l’avenir de la conception réside dans le pouvoir de révéler la connexion entre la modélisation, la simulation, notre concept ModSim, et l’IA, le tout à l’intérieur d’une unique plate-forme. »

    Intégrer Modélisation, Simulation et IA sur une plate-forme Cloud unifiée

    « Cette Conception Générative n’est pas nouvelle pour nous puisque nous avons commencé à la développer il y a une dizaine d’années pour certains programmes de défense. Et aujourd’hui nous en sommes déjà à notre 3e génération de moteur d’IA intégré dans la plate-forme. Cela nous permet de proposer autour de toute la gamme SolidWorks un nouveau type d’interfaces basées sur l’IA pour créer, évaluer et optimiser différentes alternatives de conception. »

    « De même, nous travaillons sur les ‘‘Universes’’ ces mondes virtuels qui permettent de faire évoluer beaucoup plus vite les mondes réels. Ainsi, dans notre produit grand public HomeByMe, il devient possible à l’aide d’un simple téléphone de scanner une pièce, l’IA va en recréer le modèle 3D, puis va aller chercher dans le Cloud, en fonction du style que vous lui aurez demandé, des pièces d’ameublement pour changer rapidement la décoration de votre salon et vous proposer différentes solutions. En fonction de vos commentaires ou d’exemples que vous aurez trouvés sur les réseaux sociaux, elle affinera les alternatives qu’elle vous propose. »

    Une telle approche d’Universes suppose d’une part d’avoir un Cloud avec un environnement hautement sécurisé avec des moteurs d’IA performants, c’est ce que propose Dassault Systèmes avec Outscale et, d’autre part, que les créateurs de contenus autorisent pour tout ou partie la réutilisation de leurs données tout en protégeant leur propriété intellectuelle. Autant de fonctionnalités novatrices que Dassault Systèmes entend rendre disponibles dans les 12 mois à venir et généraliser à l’ensemble de ses produits.

    Un accord avec Cadence autour de la mécatronique

    « Des modèles numériques précis ne suffisent plus. Il faut travailler d’une manière différente. Nous devons amener ces modèles aussi près que possible de la réalité, en créant des jumeaux numériques pour optimiser chaque gramme de matière et regarder comment cela impacte tous les aspects de la vie réelle des produits, avant qu’ils ne soient réalisés. Il faut des outils vous permettant d’imaginer, simuler et créer le monde dans lequel vous voudriez vivre. C’est le but de l’architecture de notre 3DExperience Platform basée sur l’IA qui peut modéliser, renouveler et améliorer vos connaissances. Le tout via une infrastructure Cloud unifiée capable de garder vos données en sécurité, toujours disponibles, pour vos employés, vos clients et de votre chaîne d’approvisionnement. »

    Une offre qui va s’enrichir avec de nouveaux partenariats. Ainsi a été annoncé un accord avec Cadence Design Systems, l’un des leaders de la conception électronique. « Il s’agit de proposer une expérience collaborative basée sur le Cloud pour transformer le développement des systèmes électromécaniques, en intégrant nos logiciels de conception de circuits imprimés (PCB) OrCAD X et Allegro X pilotés par l’IA ,dans la plate-forme 3DExperience SolidWorks », a expliqué Mickael Jackson, Corporate VP of R&D de Cadence.

    Et Manish Kumar, CEO de SolidWorks de préciser : « Jusqu’à maintenant le partage d’information entre la conception de la mécanique et celle des PCB passait par une transaction basée sur un fichier. Avec cet accord, et c’est unique, nous travaillons de plate-forme à plate-forme, 3DExperience Platform à X Platform, pour créer une transaction basée sur le workflow. L’intégration basée sur le Cloud offre une solution facile à utiliser de conception de bout en bout de systèmes mécatroniques. Elle permet d’optimiser les conceptions en termes de performances, de fiabilité, de fabricabilité, de résilience de l’approvisionnement, de conformité et de coût. » Cette solution commune sera disponible au deuxième trimestre 2024. Les gains attendus sont une réduction jusqu’à 5 fois du délai de conception.

    Les grands axes de développement

    Philippe Laufer, Executive vice-President en charge des 13 marques de Dassault Systèmes, c’est ensuite exprimé sur les grandes orientations du groupe. « Il est clair que nos clients adoptent massivement notre approche ModSim combinée à l’IA, notamment lorsqu’ils passent de SolidWorks à la plate-forme 3DExperience Works. Et cette approche plate-forme va aller en se développant. Bernard a aussi parlé du concept d’Universes, c’est un domaine où nous investissons autour des sciences permettant de faire du V+R, c’est-à-dire de mixer Virtuel et Réel. »

    « Un autre axe de développement est de faire passer nos outils des mains des ingénieurs à celles de l’ensemble des 170 millions de professionnels de l’industrie. Nous allons donc investir avec nos partenaires dans le développement de ce que nous appelons des ‘‘Business Experiences’’, qui vont permette de modéliser les processus de l’entreprise en tant que système et de les exécuter conformément à cette définition. »

    « En ce qui concerne l’IA, la majorité des investissements pour disposer  d’une technologie haut de gamme ont déjà été fait. Il s’agit maintenant de développer avec nos partenaires et clients des cas d’usage. L’important n’est pas de dire je veux faire de l’IA, mais de savoir quel défi vous voulez relever avec elle. »

    « Enfin, jusqu’en 2040, nous allons permettre à nos clients de créer des expériences de jumeaux virtuels, autour du Quoi (produits et services), mais aussi du Comment (processus de fabrication), et enfin et surtout, du Qui. C’est-à-dire qu’ils soient capables de modéliser et simuler leur entreprise, et la façon dont elle fonctionne en tant que système et aussi réseau de valeur. »

    Partager les savoirs

    Et Bernard Charlès d’ajouter :« Vous voyez maintenant une synergie venir grâce à la plate-forme et cela va s’accélérer. L’IA est, pour nous, définie par la connectivité entre la Modélisation, la Simulation, la Data Science. Nous pensons que c’est une occasion absolument unique pour nos clients de tirer profit de l’énorme patrimoine qu’ils ont créé dans leurs entreprises. Notre moteur d’IA est aussi dans une position unique pour apprendre à partir des données de ces clients et, après anonymisation pour protéger leur Propriété Intellectuelle, en faire bénéficier toute la communauté des concepteurs, qui pourra ainsi développer plus rapidement des produits plus efficaces à tous les points de vue. »

    « Cela peut sembler utopique, mais cela est déjà le cas depuis le Covid dans le secteur très concurrentiel de l’industrie pharmaceutique. Grâce à Medidata, nous avons montré que cela fonctionne parfaitement et qu’ils pouvaient accepter de partager leurs données, après anonymisation, pour le bénéfice de tous. C’est aujourd’hui probablement un exemple unique sur la planète. Mais nous prévoyons d’appliquer cela à tous les secteurs, en fournissant un nouveau type de propriété intellectuelle anonymisée au profit de l’ensemble de l’industrie et de l’humanité. Nous avons les technologies qui le permette. »

    La plate-forme, évolution logique de la place de marché

    « Nous constatons que les places de marché, à la mode voici quelques années, cèdent la place dans les entreprises à un réseau de valeur incluant leurs partenaires (Supply Chain) qui, inclus dans la plate-forme, comme par exemple chez Jaguar Land Rover, maitrise les connaissances, les savoir-faire et la propriété intellectuelle », explique Phillipe Laufer.

    « Si la place marché pouvait sembler plus ouverte, l’évolution des réalités géopolitiques a conduit les entreprises à avoir une évaluation complètement différente de leur chaîne d’approvisionnement pour deux raisons », a complété Bernard Charlès. « La première, c’est la souveraineté, c’est-à-dire s’assurer qu’il s’agit d’une relation ‘‘amicale’’ à long terme, même si c’est toujours un défi en termes de coût et de de négociation. La seconde est liée à la protection de la propriété intellectuelle, qui prend une nouvelle dimension. La crise des approvisionnements des puces électroniques a montré que nombre de grands OEM, qui font appel à de multiples équipementiers qui ont eux même un certains nombre de partenaires, étaient totalement incapables d’anticiper l’impact de ruptures d’approvisionnements sur leur production, car ils ne savaient pas ce qu’il y avait dans les boites noires qu’on leur livrait. Ce qui explique pourquoi il veulent maintenant mieux maitriser l’ensemble de leur réseau de valeur, pour comprendre et connaitre le contenu complet fourni dans le produit final qu’ils livrent à leurs clients. »

    Jean-François Prevéraud

    Pour en savoir plus : https://www.3dexperienceworld.com