Exemple de pièces réalisées en Fabrication Additive par Renk France. Doc : Renk France
Inaugurée voici un peu plus d’un an, Printing Bourges, plate-forme collaborative dédiée à la Fabrication Additive au profit des secteurs de la Défense et de l’Aéronautique, voit sortir aujourd’hui les premières pièces bonne matière utilisables industriellement. Nous avons retenu le témoignage de Philippe Dufour, directeur technique de Renk France, qui utilise cette plate-forme pour créer notamment des composants hydrauliques conçus pour la Fabrication Additive.
Le projet Printing Bourges de plate-forme collaborative dédiée à la Fabrication Additive pour les industries de Défense et Aéronautique, a été initialisé en 2018 et a finalement vu le jour mi-2024. Il repose sur les expertises des trois membres fondateurs, le Cetim (Centre Technique des Industries Mécaniques), le missilier MBDA (issu de la fusion en 2001 de Matra BAe Dynamics, d’Aérospatiale Matra Missiles et d’Alenia Marconi Systems) et le constructeur d’armements terrestres KNDS (coentreprise créée en 2015 entre le français Nexter et l’allemand Krauss-Maffei Wegmann). Il a aussi été soutenu par la Région Centre-Val de Loire et la DGA (Délégation Générale à l’Armement).
L’objectif étant de créer à Bourges, région spécialisée de longue date dans les industries de défense, une plate-forme d’excellence autour de la Fabrication Additive ‘‘bonne matière’’, pour accompagner la montée en compétences de l’ensemble de la filière mécanicienne sur cette technologie novatrice de fabrication, afin d’en améliorer encore la compétitivité et d’en pérenniser son impact, pour créer à terme une filière industrielle souveraine.
« Printing Bourges répond à un objectif d’accélération de la transition industrielle vers les technologies de Fabrication Additive. Avec l’amplification de la diffusion de ces procédés, c’est tout un écosystème que nous mobilisons afin de contribuer à l’émergence d’une offre française de solutions dans ce domaine, renforçant le soutien à la filière Défense en particulier », avait expliqué Daniel Richet, directeur général du Cetim à l’occasion de l’inauguration de la plate-forme. Pour cela, le Cetim met à disposition une vingtaine de personnes.
« Printing Bourges s’adresse à la fois à des industriels sous-traitants potentiels et en particulier des mécaniciens, et aussi, bien entendu, aux donneurs d’ordres eux-mêmes qui sont à la recherche d’une consolidation de partenaires autour d’eux, si possible sur les territoires dans lesquels ils sont installés à proximité et en confiance. »
De l’agilité des concepteurs à la souplesse du MCO
De son coté, Frédéric Wilmot, Directeur industriel de MBDA France, avait expliqué l’intérêt de son entreprise pour la Fabrication Additive : « Cette technologie nous permet de produire rapidement des pièces métalliques complexes, tout en offrant une plus grande agilité d’innovation et de conception aux développeurs de nos systèmes. » Chef de file de la filière missile en France, MBDA a aussi la responsabilité de développer un écosystème industriel pérenne et souverain et de consolider la Base Industrielle et Technologique de Défense. « Cette nouvelle plate-forme est l’illustration concrète de notre rôle, puisqu’elle permettra aussi d’essaimer notre savoir-faire autour de cette technologie novatrice auprès de nos partenaires industriels, notamment les PME qui travaillent à nos côtés. »
Isabelle Hermite, Directrice de l’Innovation chez KNDS, s’était de son côté félicité que : « Cette plate-forme, ouverte à tous, donne une nouvelle impulsion dans la filière et ambitionne de fédérer la Base Industrielle et Technologique de Défense autour de la Fabrication Additive métallique. La plate-forme entend couvrir l’ensemble du cycle de vie du produit, que ce soit un accompagnement à la primo-conception, mais aussi pour du MCO (Maintien en Condition Opérationnelle), qu’il s’agisse de capacitaire ou de régénération de potentiel, en passant par le traitement d’obsolescence. Printing Bourges se positionne clairement en leader, apporte et partage son expertise, notamment la connaissance matériaux, les moyens, le savoir-faire et le financement, tout en protégeant les données qui seront transmises dans ce cadre. »
Aider les PME à s’approprier la technologie
Grâce à des soutiens financiers nationaux et européens, la plate-forme Printing Bourges permet d’accompagner les PME de la région Centre-Val de Loire et plus globalement de l’ensemble du territoire national, dans l’intégration et la maîtrise de la technologie de Fabrication Additive.
Elle offre principalement aux entreprises membres l’opportunité d’accéder aux machines et aux espaces de travail, dans le but d’y réaliser des projets (prototypes, faisabilité, petites séries…), collaboratifs ou individuels.
« L’idée de la plate-forme Printing Bourges, c’est de mutualiser des moyens pour des industriels qui n’ont pas forcément les capacités à investir sur ces technologies et aller jusqu’à ‘‘dérisquer’’ l’investissement qu’ils auront à faire, lorsqu’ils s’intégreront dans ces Supply Chain. La France a besoin d’une chaîne de production avec une forme de montée en gamme au travers la technologie, c’est ce qui fera la différence sur le marché demain, marché national mais aussi marché international », estime Daniel Richet.
À ce jour, plus d’une quarantaine de PME ont adhéré à la plate-forme, ainsi que cinq acteurs académiques de la région Centre-Val de Loire. De nouveaux donneurs d’ordres, tels que le CEA, Hutchinson et Roxel, ont également rejoint le consortium, renforçant ainsi son rayonnement industriel.
L’expérience de Renk France
La filiale française du groupe Renk, l’un des principaux fournisseurs de solutions de propulsion pour des applications militaires et civiles, conçoit, assemble, teste et maintient en condition opérationnelle des transmissions automatiques pour les véhicules militaires lourds, qu’il soit à chenilles ou à roues. Renk France a, par exemple, développé et produit la boîte de vitesses et le système de freinage du char Leclerc.
« Nous nous intéressons à la Fabrication Additive depuis quelques années avec un premier investissement dans une machine FDM (Fused Deposition Modelling) de grande capacité pour la réalisation de modèles et d’outillages. C’est KNDS, l’un de nos clients majeurs, qui nous a présenté la plate-forme Printing Bourges. Nous avons alors vu deux intérêts majeurs à utiliser la Fabrication Additive métallique ‘‘bonne matière’’ pour nos produits, d’une part pour traiter des obsolescences dans des temps réduits tout en évitant les coûts d’outillage et, d’autre part, pour intégrer plus de fonctions dans un volume contraint », explique Philippe Dufour, directeur technique de Renk France.
Intégrer la Fabrication Additive en production
C’est particulièrement intéressant dans les sous-ensembles hydrauliques pour lesquels la Fabrication Additive permet d’alléger les pièces, en déposant juste la quantité de matière nécessaire au bon endroit, et surtout de diminuer de manière notable les pertes de charge, en créant par exemple des canaux coudés, donc d’améliorer les performances.
« Nous avons donc engagé les premiers travaux avec Printing Bourges par la réalisation d’un corps d’élément filtrant pour lequel nous avons bénéficiés de toute l’expertise de la plate-forme. Tant sur le choix des matières, que sur les technologies d’impression ou sur la définition même des composants imprimés. Nous travaillons également sur un sujet hydraulique, conjointement avec KNDS France, qui devrait se concrétiser dans les mois à venir. On pourra alors évaluer sur nos bancs d’essai les gains d’une solution pensée dès le début en Fabrication Additive par rapport à une conception usinée classique. »
« Si aujourd’hui nous en sommes encore qu’à des phases d’expérimentation, je pense que d’ici 2-3 ans nous serons en capacité d’intégrer des composants issus de la Fabrication Additive métallique dans nos produits. Sachant que le coût restera un facteur décisif dans l’adoption de cette technologie », conclu Philippe Dufour.
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Un parc machines avec de multiples technologies Printing Bourges est une plate-forme multi technologique avec des machines d’origine française, européenne, à différents degrés de maturité qui permettent de fabriquer même des pièces de grandes dimensions. Le parc compte aujourd’hui des machines LPBF (Laser Powder Bed Fusion – fusion laser sur lit de poudre), DED poudre (Directed Energy Deposition – dépôt dirigé de poudre fondue), WAAM (Wire Arc Additive Manufacturing – dépôt arc-fil) et AFSD (Additive Friction Stir Deposition -Déposition par friction malaxage). A terme, la plate-forme devrait disposer d’un parc d’une dizaine de machines, complémentaires les unes des autres. |
Jean-François Prevéraud
Pour en savoir plus : https://www.cetim.fr/lp/printing-bourges/ & https://www.renk.com/en/company/about-renk/locations/france