C’est l’un des privilèges de l’âge que de pouvoir suivre sur une longue période l’évolution d’une technologie. L’annonce de SolidWorks 2018 est pour moi l’occasion de me remémorer celle de la CAO.
A la fin des années 70 nous n’avions droit, en terme de CAO, qu’à de la 2D fonctionnant sur des ‘‘mainframes’’ et des terminaux graphiques. Quelques éditeurs américains (Autotrol, Calma, Computervision, Control Data…) proposaient alors des versions commerciales de logiciels qui avaient vu le jour depuis une vingtaine années chez des géants des industries aéronautiques et automobiles pour leurs besoins propres. Le prix du poste de travail, logiciel plus matériel, se comptait alors en million de dollars. La décennie suivante vit l’arrivée de la 3D et des stations de travail sous Unix, les prix chutèrent d’un ordre de magnitude. Enfin les années 90 furent celle de la démocratisation avec l’arrivée de solutions fonctionnant sous Windows.
Parmi les souvenirs de cette époque, je me rappelle de cette journée de novembre 1995, lors du salon Autofact à Detroit, où Jon Hirschkick, que j’avais connu quelques années plus tôt comme patron du CAD Laboratory du MIT, me présenta son nouveau bébé, SolidWorks 95. Le logiciel disposait des principales fonctionnalités d’une CAO 3D dans l’environnement Windows, alors très lié à la bureautique. Le tout pour quelques dizaines de milliers de dollars, matériel compris.
Un coup de maître
SolidWorks avait visé juste, à la fois en termes de fonctionnalités, de convivialité et de capacité d’absorption par le marché industriel. Le bon produit au bon moment. Le succès fut au rendez-vous, au grand dam des éditeurs établis, qui ne juraient que par Unix. Dassault Systèmes prit vite conscience du risque et fit l’acquisition de SolidWorks en 1997 pour 310 M$, une somme mirobolante au regard des quelques millions de dollars de chiffre d’affaires de SolidWorks à l’époque. Mais un coup de génie en réalité car Dassault Systèmes coupait l’herbe sous les pieds de ses concurrents et se dotait d’une réponse aux attentes des PME souhaitant passer à la 3D, sans aller jusqu’à des logiciels lourds comme Catia.
Un succès qui ne s’est pas démenti depuis puisque les ventes de la gamme de logiciels de SolidWorks représentaient 626 M€ en 2016, soit 23 % des ventes totales de logiciels de Dassault Systèmes et sont le segment en plus forte progression avec une croissance de 12 %, contre seulement 4 % pour Catia.
Il faut dire que SolidWorks est présent dans plus de 260 000 entreprises à travers le monde avec plus de 800 000 utilisateurs industriels. Autre point fort, sa très forte implantation dans l’éducation, 33 000 établissements dans le monde qui ont déjà formé plus de 4 millions d’étudiants. « Nous sommes très attentifs à former les ressources dont l’industrie aura besoin demain », a estimé Stéphane Bonnamour, directeur des ventes pour la zone Eurowest de SolidWorks, lors de la présentation de la gamme SolidWorks 2018.
Une gamme complète

SolidWorks 2018 intègre maintenant un module de FAO issu de CAMWorks, mais continuera à faire évoluer les interfaces avec les logiciels tiers. illustration SolidWorks (Cliquez sur l’image pour l’agrandir)
SolidWorks c’est maintenant une gamme d’une trentaine logiciels qui couvre l’ensemble du cycle de vie d’un produit industriel de l’expression de l’idée à l’après-vente, en passant par la conception, la simulation, l’optimisation, la fabrication, le contrôle qualité, la gestion des données et des documents associés. Et ce, même s’il y a une forte composante mécatronique, depuis les accords avec Altium en 2016 ou Internet des Objet via l’accord récent avec Xively . Une solution qui sera pleinement opérationnelle en mai prochain.
Notons l’apparition d’un module d’Optimisation Topologique dans les logiciels Simulation Professional et Simulation Premium qui permet de « mettre la juste matière au juste endroit », explique Jean-Yves Ferré, directeur technique Eurowest, facilitant ainsi la conception de pièces novatrices imprimables en 3D.
Autre nouveauté d’importance l’intégration d’un module FAO tirant parti de la cotation 3D, issu de CAMWorks, sans pour autant abandonner les interfaces déjà existantes avec la plupart des logiciels de FAO du marché. Enfin, l’utilisation en mode SaS sera possible dès février prochain à travers la plate-forme 3DExperience.
On le voit, 22 ans et 26 versions plus tard, SolidWorks n’a quasiment plus rien à envier aux logiciels haut de gamme. Allez voir la vidéo de présentation de SolidWorks 2018 pour vous en persuader.
Jean-François Prevéraud
